La g r a m m a i r e de F o r a t o r
Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.
Rappelons que nous traitons ici des cas où espérer que est construit affirmativement. Lorsque espérer est accompagné d’une négation, on emploie couramment le subjonctif dans la subordonnée (le degré de réalité qu’on accorde au contenu de celle-ci étant...
Dans un texte destiné à l’impression, tout prosateur veillait à prévenir les risques d’amphibologie. Il veillait aussi à ce que les phrases aient chacune une sorte d’autonomie. Pas seulement pour qu’elles soient citées dans les dictionnaires de l’avenir,...
Le verbe espérer est longtemps resté l’un des mots français les plus beaux, surtout lorsqu’on faisait dépendre de lui une subordonnée complétive, introduite par que, ayant son verbe au futur de l’indicatif ou au conditionnel présent (conditionnel employé...
(Le présent article fait suite à Déterminative ou explicative ? et à quelques autres billets de la même période.) Depuis cinquante ou soixante ans, plus aucun auteur ne veut de la virgule grammaticale qui permettait de distinguer une relative explicative...
3. La majuscule emphatique, à l’américaine : « – Même des bonnes sœurs enragées n’arriveraient pas à me dissuader de voir une fille qui m’aurait promis que ce serait Le Grand Soir. » (Emmanuelle Casse-Castric traduisant la nouvelle « But » de Keith Gray,...
Je cherche toujours à savoir quels sont les cas où la non-répétition d’une proposition se justifie. Il est fréquent que la préposition ne se répète pas si elle est placée devant une entité indivise, c’est-à-dire devant deux termes coordonnés qui désignent...
Première remarque : Comme on l’a sans doute déjà observé, à chaque fois que je mentionne le titre d’une œuvre littéraire, je me plie à l’usage recommandé par Grevisse-Goosse (Le bon usage, édition de 1988, § 100) : Pour éviter l’arbitraire (pourquoi l’article...
Dans un précédent billet, Oubli de certains compléments nécessaires , l’omission du pronom personnel C.O.D. non réfléchi a déjà été évoquée, à propos de deux phrases de Laurent Mauvignier. Voici comment Grevisse et Goosse (au paragraphe 635, e, de mon...
D’une omission intempestive de nos verbes fondamentaux, les écrivains français sont passés tout naturellement à la création de véritables carambolages de prépositions. Nous saisissons maintenant la caractéristique qui unit plusieurs des exemples cités...
Comme l’ont montré certaines des corrections que j’ai proposées précédemment, il y a des cas où la solution la plus élégante consiste à introduire au sein de la phrase non pas la subordination relative, mais un participe passé, devant lequel la séquence...
5. Sait-on encore comment s’accorde le participe lorsque le sujet est postposé au verbe ? Normalement, l’auxiliaire être entraîne l’accord du participe passé avec le sujet, que ce sujet soit placé avant ou après le verbe. Mais ce n’est plus toujours le...
Peut-on écrire sans déterminant un nom qui se voit flanqué, à sa droite, par un adjectif qualificatif accompagné d’un adverbe ou par tout autre groupe ou proposition épithète (groupe prépositionnel, subordonnée relative, etc.) ? Jusqu’à quel point peut-on...
« Dans ses Confessions, Jean-Jacques Rousseau évoque le souvenir maternel associé à la pervenche, qui joue là un rôle analogue à celui de la petite madeleine pour Marcel Proust. Ayant observé ces fleurs du temps de sa jeunesse heureuse auprès de sa mère...
Complément à deux anciens billets, qui s’intitulaient : Les noces du français courant et du moralement correct – première et deuxième partie . Le narrateur de Léviathan, roman de Paul Auster paru en 1992, raconte sa première rencontre avec son ami Benjamin...
Page 264, Kao et son ami Clift ont découvert des centaines de boîtes métalliques rondes contenant de vieilles bobines de films, entreposées dans un grenier. Les deux garçons décident d’en charger la plus grande quantité possible dans leur fourgonnette,...
Drieu la Rochelle a-t-il emprunté au Malraux de L’espoir l’usage de ces répliques notées « – … », que j’ai examinées dans Les maladies du dialogue de roman (1) ? Son roman de 1943, L’homme à cheval (éditions Gallimard), nous en fournit quelques exemples....
« C’était l’époque, juste après 1968, où le groupe “Makhno”, à Rennes, est le seul satellite qu’admet de loin le groupe parisien de l’Internationale Situationniste – “Faites un tour de piste et après on verra”, avait dit Guy Debord à l’un d’entre nous,...
Dans la comparaison qui suit parfois se servir de (comparaison introduite par comme), la préposition de doit être répétée et le déterminant (article indéfini) doit être explicité. « Mike lançait un caoutchouc sur un camarade en se servant d’une règle...
L’expression « se tirer une balle » rencontre un succès croissant. « Quand Vincent saura ça, il va se tirer une balle. » « Tu n’as plus qu’à te tirer une balle. » Où donc ? Ce n’est plus jamais précisé. L’humour est noir et la construction se révèle plaisante....
Un nouvel usage, lourd et cacophonique, est en train de s’imposer partout, même sous la plume de nos écrivains les plus talentueux. J’imagine que cet usage doit passer pour élégant. Il suffit pourtant d’avoir un peu d’oreille pour en percevoir le caractère...
Nous avons tendance à nous exagérer la plasticité de la langue française, ou à nous faire de cette plasticité une idée fausse. On se figure que toute répétition du verbe être endommage le style, et on croit se forger un style en omettant divers mots grammaticaux....
Certains cas d’atrophie de la syntaxe ont pour cause une méconnaissance des limites de l’haplologie syntaxique. Nous allons observer une série d’énoncés comportant la construction « (de)… à… » (et parfois la construction « entre… et… »). Ce type de construction...
Nous voyons disparaître presque tous les traits d’union utiles, et apparaître de nombreux traits d’union inutiles. La disparition du trait d’union utile se constate couramment dans les prénoms composés : Jean-Marc Dupont devient Jean Marc Dupont, parfois...
Pour une enfance heureuse, du docteur Catherine Gueguen, est un livre divisé en neuf parties. La quatrième partie s’intitule « Cerveau et stress chez l’enfant » (mais la formule est équivoque : elle laisse entendre que, chez l’enfant, il y a du cerveau...
Faut-il dire : « Sans que rien ne se passe », ou : « Sans que rien se passe » ? Et faut-il dire : « Sans que personne ne vienne », ou : « Sans que personne vienne » ? L’usage des grands écrivains nous démontre que le ne est superflu (et fautif) après...