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Principe

Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 12:17

Conseils pour corriger votre français et améliorer votre style. Sur chacun des points suivants, l’usage est devenu erratique, contraire aux règles existantes, ou contraire à toute logique.

 

* * *

 

Accordez les participes passés lorsqu’il le faut, notamment avec les compléments d’objet direct antéposés. Sinon, la langue française ne comportera que des accords faits au masculin, qui cohabiteront étrangement avec les désinences dites inclusives et les noms de métier et de fonction féminisés.

 

La virgule qui doit précéder un nom en apostrophe ne vous a rien fait : mettez-la ! Elle n’est pas nécessairement audible – c’est-à-dire restituée par une pause à l’oral – mais elle est grammaticale. Veillez donc à marquer la différence entre Attends Anatole ! et Attends, Anatole ! ; ou entre Mangez grand-mère et Mangez, grand-mère ; ou entre Tu aimes Arthur ? et Tu aimes, Arthur ? ; ou encore entre Fuyez les amis et Fuyez, les amis… Elle seule permet de distinguer entre l’apostrophe et le C.O.D.

 

Les prépositions à et de doivent, dans la plupart des situations, être répétées. Par exemple lorsque plusieurs compléments sont coordonnés après les locutions quant à, au sujet de, etc. : Ils expriment leur inquiétude quant au délitement du pays et au risque de guerre civile (et non pas : « quant au délitement du pays et le risque de guerre civile »). Toute préposition doit être répétée dans une comparaison introduite par que (tant par… que par…, moins sur… que sur…, plutôt avec… qu’avec…, etc.) ; ou dans une comparaison introduite par comme, ainsi que, de même que, aussi bien que… Lorsqu’il s’agit de compléments juxtaposés ou coordonnés, la non-répétition des prépositions autres que à et de est admise. Si à et de doivent être répétés devant chaque complément, c’est parce qu’ils fusionnent avec le ou les (articles définis) : se pencher sur telle chose, telle autre et le reste ; mais : se préoccuper de telle chose, de telle autre et du reste (et non pas, comme on le lit et l’entend maintenant partout : « de telle chose, telle autre et le reste ») ; s’intéresser à telle chose, à telle autre et au reste (et non pas, comme on le lit et l’entend partout : « à telle chose, telle autre et le reste »). Le site AlloCiné nous invite, depuis avril 2020, à redécouvrir le film Ponyo sur la falaise, y voyant « une ode philosophique à l’amour, la foi, la nature et le sens des responsabilités », et il ne s’agit là que d’un exemple parmi des centaines ! Toutefois, la non-répétition des prépositions à et de est permise dans une suite de plusieurs noms propres : à Pierre, Paul ou Jacques ; dans une suite de plusieurs verbes à l’infinitif : de boire, jouer et chanter ; et dans une suite de plusieurs noms communs ou groupes nominaux précédés de l’article indéfini : Il participe à des perquisitions, des gardes à vue, des filatures.

La non-répétition des prépositions est également légitime au sein de ce que j’ai proposé d’appeler, dans une série d’anciens billets, les entités indivises : Le messager se rendit chez Isabelle et Ferdinand, si Isabelle et Ferdinand habitent ensemble. Mais on dira : Le messager se rendit chez Isabelle et chez Ferdinand, si Isabelle et Ferdinand habitent dans des lieux séparés. La tentation est venue à Ève et à Adam du dehors (si Adam et Ève sont considérés en tant que personnes distinctes) ; mais : La tentation est venue à Ève et Adam du dehors (si Adam et Ève sont considérés comme unis par des liens étroits). Si le sens du verbe ou de la locution verbale n’autorise pas à percevoir cette sorte d’indivision, on doit s’imposer la répétition de la préposition : Je serrai la main à Isabelle et à Ferdinand. Enfin, on doit toujours répéter la préposition à ou de lorsque la construction les voue à fusionner avec l’article qui précède un nom : même si ces deux personnes vivent ensemble, l’arrivée du peintre imposa silence à la femme et au mari ; lorsqu’un des termes coordonnés est précédé d’un adjectif possessif : L’arrivée du peintre imposa silence à Louise et à son mari ; ou d’un adjectif démonstratif : L’arrivée du peintre imposa silence à Louise et à ce pauvre Henri.

 

Une narration ne doit pas se faire au futur, qu’il s’agisse du futur de l’indicatif ou du futur périphrastique. Ne racontez au futur ni une anecdote, ni un événement historique, ni une vie. Pour rendre plus vivante votre prose, utilisez le présent de narration. Il n’existe aucun « futur de narration ».

 

Évitez ce qu’on appelle en grammaire latine l’attraction modale : un verbe qui dépend d’un verbe au subjonctif ne se met pas automatiquement au subjonctif. Ne chantez pas avec William Sheller : « Quel que soit le temps que ça prenne / Quel que soit l’enjeu / Je veux être un homme heureux »… Dites : Quel que soit le temps que ça prendra. (Zut, ça ne rime plus.) Quelle que soit la version qu’on choisit, ou choisira, et non : « qu’on choisisse ». Je ne crois pas que ce soit ce qu’il faut faire, et non : « que ce soit ce qu’il faille faire » (et encore moins : « que c’est ce qu’il faille faire »).

 

Lorsque vous employez le pronom en, que ce ne soit pas par pléonasme. Ne dites pas : « Quels en sont ses fondements », « Quels en sont ses principaux tenants », « J.-M. Laclavetine convoque ses souvenirs pour en faire son portrait »… Dans un avant-propos à Par la suite (1986-1990), deuxième tome de l’intégrale Luc Leroi, le dessinateur-scénariste Jean-C. Denis écrit : « Moche, égoïste, trouillard, fauché, j’en passe, Luc Leroi est un peu tout ça à la fois. Une caricature, mais aussi, et c’est ce qui en fait son intérêt pour moi, un personnage de conte lâché dans le monde réel. » (Éditions Futuropolis, 2017, p. 3.) La faute gâche la jolie formule.

De même pour dont. Ne dites jamais : « C’est de lui dont il est question », mais, selon le contexte : C’est lui dont il est question ou C’est de lui qu’il est question. Certes, il me faudra revenir sur la syntaxe du pronom relatif dont : elle est parfois subtile.

De même : lorsque vous employez le pronom y, que ce ne soit pas par pléonasme. Se répand depuis quelques années, dans les pages des magazines et des journaux, une grosse faute qui naissait parfois de la plume des enfants mais qu’on apprenait à éliminer dès l’école primaire, le fameux « dans lequel on y ». Il naît maintenant de la plume des professeurs : « Chaque élève reçoit un livret-guide présentant l’épreuve, dans lequel on y trouve un calendrier, des fiches méthodes [sic], la grille d’évaluation. » (Phrase lue sur le site Internet d’un collège de Bretagne.) La proposition relative à pléonasme peut être introduite par un pronom relatif complexe : dans lequel, dans laquelle, etc. ; comme par le pronom simple  : « La poésie là où on ne l’y attend pas. » (Lu sur un site québécois d’information culturelle.)

 

Après un quart des, la moitié des, la plupart des, la majorité des, une dizaine de, etc., accordez selon le sens. Non pas : « Un quart des hommes est concerné », mais : Un quart des hommes sont concernés.

Le sens conduit aussi bien le complément au singulier d’un nom pluriel à donner l’accord : Dix pour cent de la population civile soutient les insurgés. On dit que 95 % de notre vocabulaire est d’origine latine. Cet accord est parfaitement correct et logique. Inversement, mais selon le même raisonnement, on dira : 1 % des terres arables disparaiSSENT chaque année ; ou encore : Seulement 1 pour cent des bassins de retenue africains ONT été bâtis afin de limiter les inondations. Les usagers du français ont tort d’hésiter sur ce point.

Comme je l’ai déjà proposé, nous pourrions, dans l’analyse de ces phrases, faire appel à l’opposition classique (utilisée pour analyser les propositions comportant un verbe impersonnel) entre un sujet apparent et un sujet réel : quart/plupart/95 %… serait le sujet apparent, hommes/population/vocabulaire/terres arables… serait le sujet réel. L’accord se fait avec le sujet réel.

La preuve que cet accord est le bon, c’est qu’à la moindre reprise du syntagme par un pronom personnel ou par un possessif vous choisirez spontanément le pronom ou le possessif renvoyant au sujet réel. Ne faites donc pas comme ce journaliste belge qui a écrit dans Le Soir en septembre 2016 : « Une partie des acheteurs a déjà été contactée par SMS ou e-mail et ont été informés qu’ils ne pourront pas venir retirer leur iPhone en magasin ce matin. »

 

Prononcez le u de arguer (qu’on ferait bien d’écrire : argüer). Il argue ne se prononce pas comme Il nargue.

Bruxelles ne doit pas être prononcé « Bruck-selle », de même qu’Auxerre ne doit pas être prononcé « Auck-serre ». Ne privez pas ces noms de villes de la douceur de leur sonorité. Rappelez-vous la chanson dans laquelle le Belge Jacques Brel célébrait le temps où Bruxelles bruxellait (« où Brussel bru-sse-lait »).

 

Évitez l’hypercorrection consistant à mettre « ce qu’il m’arrive » ou « ce qu’il se passe » ou « ce qu’il lui prend » là où vous pouvez employer ce qui. Dans bien des cas, le recours au pronom impersonnel fait faire à la pensée du lecteur un détour dont l’inutilité devrait heurter le goût et l’intelligence de tout écrivain.

 

Contrairement aux romanciers actuels, refusez, dans les incises de vos dialogues, tout verbe qui s’avèrerait redondant avec les paroles elles-mêmes : « protesta-t-il/elle », « s’impatienta-t-il/elle », « implorait-il/elle », « s’impatiente-t-il/elle », « le/la/les rassura-t-il/elle », « voulut-il/elle savoir », « s’inquiéta-t-il/elle », « plaisanta », « mentit », « rit », « sourit », « soupçonnait », « gronda », « s’étonna », « s’emporta », « capitula », etc. Crier, hurler, s’écrier, s’exclamer, sont permis car ils ne contiennent que l’idée d’exprimer par la voix, sans produire une redondance avec l’intention sous-jacente que les paroles rapportées font deviner. Quelques autres verbes peuvent néanmoins être employés en incise, tels « reprit », « ajouta », « poursuivit », « intervint », du moment qu’ils ne font pas redondance avec le contenu des propos (mais évitez « abonda » : ce verbe, employé absolument, ne doit pas être accepté comme synonyme de la locution abonda dans le sens de quelqu’un, laquelle ferait, de toute façon, une incise du plus mauvais effet). Les verbes à employer de préférence sont : dire, demander, répondre ; et leurs équivalents expressifs déjà cités : s’écrier, s’exclamer, etc. Dans l’élan de la lecture, nous devons pouvoir survoler ces incises, en enregistrant de manière quasi inconsciente l’information qu’elles apportent, et en laissant notre attention se porter sur les propos eux-mêmes.

Ne transformez pas en introducteurs de parole : 1. les verbes qui évoquent un geste ou une action qu’on fait en parlant ; 2. ceux qui explicitent l’intention de la personne dont les paroles sont rapportées. Dans la plupart des cas, cette intention se devine aisément à la simple lecture des paroles rapportées. Lorsque vous jugez nécessaire de faire connaître au lecteur l’intention secrète d’un personnage, faites cette analyse au moyen d’un adverbe ou d’un complément apposé, ou encore dans un paragraphe séparé. Le verbe de parole en incise ne doit pas être utilisé à cette fin.

Si vous êtes journaliste, restez neutre : employez dire, affirmer, déclarer. Fuyez ces « avoua-t-il/elle », ces « justifie-t-il/elle », ces « alerte-t-il/elle », ces « reproche-t-il/elle », ces « s’indigne-t-il/elle », ces « souligne », ces « déplore », ces « éructe », qui empiètent si souvent sur le contenu des propos rapportés. À travers le verbe introducteur de parole, n’exprimez pas d’emblée votre approbation ou votre désapprobation à l’égard d’un propos rapporté que nous n’aurons même pas eu le temps de laisser pénétrer dans notre esprit pour en apprécier le contenu. Il est parfois nécessaire d’apporter des précisions sur le ton employé, mais ne le faites pas au moyen du verbe de parole lui-même.

 

L’adverbe ne est superflu dans une subordonnée introduite par avant que, et sa présence constitue une faute dans une subordonnée introduite par sans que, y compris lorsqu’on écrit « sans que rien… » ou « sans que personne… ». C’est ici la négation exprimée par sans qui rend négatif le pronom personne ou le pronom rien. Le ne et le sans s’annuleraient. En revanche n’hésitez pas à mettre ce ne, dit explétif, après un verbe de crainte, ou après la locution conjonctive à moins que. Il faut avoir à l’esprit que ce ne, contrairement à ce qu’indique son appellation, n’est pas un mot de pur remplissage (« explétif ») car il n’est jamais sémantiquement vide : il comporte toujours une idée de négation, ou exprime toujours une négation latente. Si vous préférez l’omettre dans « Je crains que… » et dans « à moins que… », ayez l’intelligence de l’omettre aussi dans les subordonnées introduites par avant que.

Dans les comparaisons d’inégalité (introduites par plus que, moins que, autrement que, mieux que, plutôt que…), le ne dit explétif est utile mais n’est pas obligatoire. Efforcez-vous surtout de ne pas y employer l’actuel « que ce que », tour maladroit et paresseux : «  La réalité est plus complexe que ce qu’il croyait » ; « C’est pire que ce qu’on pensait » ; « Il y avait plus de candidats que ce qu’on pouvait accepter »… Écrivez : La réalité est plus complexe qu’il ne croyait ; C’est pire qu’on ne (le) pensait ; Il y avait plus de candidats qu’on ne pouvait en accepter. Pour ma part, je considère que la présence de ne est à recommander dans les phrases de ce type.

 

Eh bien, eh oui, eh non, eh si : l’interjection s’écrit autrement que la conjonction de coordination (et).

 

Le pronom relatif lequel/duquel/auquel se décline en genre et en nombre : la raison pour laquelle…, les maladies auxquelles…, des choses avec lesquelles…, une évolution à propos de laquelle… (et non pas : « la raison pour lequel… », « des choses avec lequel… », « une évolution à propos duquel… », etc., absurdité qu’on entend aujourd’hui dans toutes les bouches). D’autre part, le neutre s’exprime au moyen du pronom relatif quoi. On ne dit pas : « quelque chose auquel…, sur lequel… », etc. ; on dit : quelque chose à quoi, sur quoi. « Ce n’est pas ce auquel je pensais » ? Non : ce à quoi… « C’est quelque chose auquel on s’est habitué » ? Non : c’est quelque chose à quoi on s’est habitué.

 

N’employez pas la tournure prépositionnelle « avec X » en la faisant suivre d’un pronom pluriel (nous, on, ils, elles) lorsque votre phrase n’évoque que deux personnes.

 

Ne mettez pas enjoindre à la place d’inviter. Le verbe enjoindre se construit comme ordonner et il a la même signification que ce dernier.

 

Si vous tenez à employer la locution n’avoir de cesse, construisez-la correctement : avec que… (ne…) et un verbe au subjonctif (passé ou plus-que-parfait). Gardez-vous de la construire avec de et un verbe à l’infinitif en pensant qu’elle aurait le même sens que : ne pas cesser, en plus joli… Ne dites pas : « Napoléon est au cœur d’une polémique qui n’a de cesse de prendre de l’ampleur », lorsque vous voulez simplement dire : une polémique qui ne cesse de prendre de l’ampleur (bref : une polémique qui prend de l’ampleur).

 

Dans une prose soignée, ne dites et n’écrivez jamais : « pour pas que… ». Le pas doit être placé après le verbe (pour que Machin ne vienne pas).

 

Ne laissez jamais deux adverbes en -ment se suivre ; et, en général, n’abusez pas des adverbes en -ment. Je vous adjure de ne plus employer l’adverbe possiblement, qui n’est que du franglais (transposition de l’adverbe possibly). Votre possiblement peut toujours être remplacé par peut-être.

… De même qu’à la place de quasiment on peut dire presque.

… Qu’à la place d’effectivement on peut dire en effet.

… Et que, dans la plupart des cas, on peut éviter l’adverbe extrêmement (si pesant) et le remplacer par très.

 

Il existe des h aspirés, et ils font barrage à la liaison ! Ainsi dans : des haricots, bien sûr, mais aussi dans : on hurle, s’enhardir, un handicapé, très handicapant, ces véhicules sont hors service

 

Le mot heure(s) a pour symbole le h minuscule. H, lettre majuscule, c’est l’hydrogène.

 

Les nombres désignant des quantités, au moins lorsqu’ils sont inférieurs à vingt, écrivez-les en lettres et non en chiffres. Rien de plus pénible que les énoncés où un chiffre semble d’abord appartenir à une numérotation, avant que l’esprit du lecteur comprenne que ce chiffre signifie bêtement une quantité… Exemple : « 7 RÈGLES TIRÉES DE LA PHILOSOPHIE ORIENTALE pour t’aider dans la vie ! » (Or il ne s’agit pas du septième point d’un exposé.) Même page : « 3 sortes d’amis sont utiles, 3 sortes d’amis sont néfastes. » (Chiara Pastorini, Les vrais sages sont des rebelles ; dessins de Perceval Barrier. Sous-titré : « Ils ont révolutionné notre façon de penser. Ils ont encore des choses à nous dire. » Éditions Nathan, 2021, p. 17.)

 

Espérer que, espérant que ou l’espoir que ne se construisent pas avec le subjonctif. La subordonnée complétive doit être au futur de l’indicatif (futur simple ou futur antérieur) ou au futur dans le passé (conditionnel présent ou passé). Il faut espérer que Lou comprendra et réagira rapidement, et non pas : « que Lou comprenne et réagisse rapidement ».

S’assurer que ne doit jamais être suivi du subjonctif. Si le subjonctif vous semble nécessaire, c’est que s’assurer n’est pas le verbe adéquat : remplacez-le alors par faire en sorte.

 

Ne mettez pas un point d’interrogation à la fin d’une subordonnée interrogative indirecte (par exemple après « Je me demande si… »), sauf si la principale est elle-même interrogative (« T’es-tu demandé si… ? »).

Ne soudez pas une subordonnée interrogative indirecte à une préposition : « sur comment », « de comment », « vu comment », « se faire une idée de comment les choses se sont passées », « se rendre compte de quand un interlocuteur nous ment »… « Je m’étonne qu’elle ait encore des amis, vu comment elle les traite » : vu la manière dont elle les traite. (Vu est ici une préposition, donc un mot invariable.) Entendu à la radio (accent tonique sur « la question» , puis légère pause) : « On s’est posé la question sur pourquoi on s’était tous engagés. » On a cherché à savoir pourquoi… Une interrogative indirecte peut rarement être introduite par un verbe non interrogatif. Plutôt que « Ça dépend comment… », écrivez : Ça dépend de la manière dont…

 

Dégenrez vos tracts et vos formulaires si vous y tenez, mais ne dégenrez pas la littérature : parlez d’hommes et de femmes, de filles et de garçons, voire d’individus de sexe indéfinissable, mais bannissez les « personnes » de vos écrits narratifs.

Le mot genre ne saurait être substitué au mot sexe dans n’importe quel cas. Peut-être le fait-on par pruderie, parce que nos contemporains se sont mis à associer spontanément le mot sexe à la pornographie internetisée. « Accéder à de hautes fonctions reste difficile pour les femmes, parce que des préjugés perdurent sur leur genre. » Sur le genre femme ?

 

Quant au lexique :

Cessez de donner à dédier, à initier et à délivrer des significations qui ne sont pas les leurs. Embêtez-vous un peu à chercher le verbe qui convient précisément au contexte. Il s’agit là de ce que j’appelle les anglicismes sournois : ils ont pris possession de mots français bien enracinés dans l’histoire de la langue. Autrefois on les combattait, en les qualifiant de faux amis, mais ce temps est révolu. Je les distingue de nos anglicismes ingénus, les pourtant pénibles basique (pour : élémentaire, fondamental), nominer (pour : citer, sélectionner), lion de mer (pour : otarie), Moyen-Orient (pour : Proche-Orient), etc.

La locution autour de n’est pas du tout synonyme de : à propos de, au sujet de, portant sur. Dites : une réflexion portant sur… et non : « une réflexion autour de… » (« Vous avez publié des livres autour de cette question », etc.).

Ne dites pas balancer quand vous voulez dire jeter.

Le mot maman ne peut pas remplacer le mot mère dans n’importe quel contexte. Ni papa remplacer père.

Échanger n’est pas synonyme de parler, discuter, dialoguer. Si vous tenez au verbe échanger, donnez-lui un complément : échanger des propos, des arguments… Mais c’est souvent lourd. De même, un échange (tout court) n’est pas un dialogue ou une conversation. Il faut dire : échange de propos, de politesses, d’arguments, etc.

N’employez pas dévasté quand vous voulez dire triste ou affligé (« La benjamine était dévastée de devoir quitter ses sœurs »). L’adjectif dévasté signifie : prématurément vieilli. La dévastation d’un visage peut être provoquée par le chagrin, mais tout chagrin, fût-il immense, ne produit pas de la dévastation.

Gardez-vous de l’inflation verbale : devant un infinitif, ne mettez pas adorer à la place d’aimer.

 

* * *

 

Toutes ces fautes sont actuellement commises. Toutes ces mutations sont acceptées passivement, voire soutenues et encouragées, par des écrivains, des professeurs et des linguistes. Elles semblent viser à un but : défaire la langue qui était commune aux auteurs du XVIIIe, du XIXe et du XXe siècle – les écrivains et les philosophes aussi bien que les ingénieurs et les savants. Détacher de nous le continent littéraire formé par les œuvres produites au cours d’une période longue de trois siècles. Or une langue doit pouvoir s’enrichir sans se trahir ni se détruire.

 

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commentaires

A
« s’enrichir sans s’autodétruire » ? se détruire ?

Je vous offre en remerciement pour vos articles l’incise que j’ai trouvée récemment dans un polar : « se récrimina-t-il ».
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S
C'est toujours un tel plaisir de lire vos articles ! Merci pour ces moments si agréables.
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F
Je vous remercie !
B
J'ignorais que c'était l'objet d'un débat : je me sens moins seule :) Ceci dit, "je préférerais ne pas" ne sonne pas très juste.
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B
A propos de "ne pas", comment traduire au mieux la fameuse et laconique réplique de Bartleby (Melville) "I would prefer not to" ?
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F
On a beaucoup écrit à ce sujet, mais j’ai oublié les arguments qui ont pu être opposés (par Deleuze, je crois) à la traduction exacte : « Je préférerais ne pas. » Cette traduction me semble excellente : elle ne perd rien, et relève du même niveau de langue.
L
« La virgule qui doit précéder un nom en apostrophe. »

Exemple récent, : « Adieu les cons » de Dupontel.
Plus exactement : « de Albert Dupontel ».
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F
Certes, mais il s’agit d’un titre. L’énoncé peut s'apparenter à un vers non ponctué.
L
« Je n’aurais pas dû », regretta-t-il.
« Zut alors ! », jura-t-il.
« De l’aide ! », au-secoura-t-il.
Répondre
L
— Certes, mais il s’agit d’un titre. L’énoncé peut s'apparenter à un vers non ponctué.

— ?