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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 14:34

À droite d’un groupe formé par un nom et son complément, peuvent prendre place divers éléments : un adjectif, plusieurs adjectifs, un adjectif suivi d’un groupe prépositionnel de valeur circonstancielle, etc. Les éléments placés à droite sont liés soit au nom principal, soit au complément de ce nom. Il ne faut veiller à ne pas se tromper lorsqu’on choisit l’accord de l’élément situé à droite.

« MADAME GEORGES : […] Quand il fait son petit pipi, il faut toujours regarder la couleur, madame Julien. Si c’est trop blanc c’est qu’il est anémique. Il faut lui donner une gousse d’ail écrasé dans son lait. » (Jean Anouilh, Colombe, 1951, premier acte, dans Théâtre, volume I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2007, p. 921.) C’est la gousse qui est écrasée. Sans doute s’agit-il d’une simple faute d’orthographe, mais on a connu les correcteurs des volumes de la Pléiade plus vigilants.

« Guili-Guili fit cuire une demi-lessiveuse de brisures de riz gluant et collant à souhait […]. » (Alix de Saint-André, L’ange et le réservoir de liquide à freins, 1994, Folio policier, p. 104.) Le défaut de cette phrase vient de ce que l’auteur a accordé les adjectifs gluant et collant avec le nom riz, alors qu’on ne peut pas le séparer du syntagme pour accorder les adjectifs avec lui seul : ce sont les « brisures de riz » qui sont gluantes et collantes.

La phrase suivante exige plus de modifications :

« Stella se mit à côté, à genoux aussi, et lui toucha l’épaule. Guili-Guili tourna vers elle un visage de petite fille très ridée, dégoulinant de larmes qui brillaient comme de la bave de luma dans une éclaircie. » (L’ange et le réservoir de liquide à freins, Folio policier, p. 120.) Dans la langue poitevine, un luma est un escargot.Intéressons-nous à la construction. Tout va bien jusqu’à « ridée ». Malheureusement, juste après, surgit un adjectif au masculin (il ne s’agit pas du participe présent mais de l’adjectif verbal) et celui-ci se rapporte à un autre nom, situé plus en amont. La vieille religieuse ressemble à une petite fille et cette petite fille est « très ridée », mais son visage est « dégoulinant ». Or, quand deux adjectifs se suivent, ils doivent être considérés comme coordonnés et se rapportant au même nom.

Mais si on écrivait : « Guili-Guili tourna vers elle un visage de petite fille très ridée, dégoulinante de larmes… », on s’éloignerait de ce qu’Alix de Saint-André avait voulu suggérer. La meilleure solution me semble être celle-ci : « Guili-Guili tourna vers elle son visage, qui était celui d’une petite fille très ridée, et il dégoulinait de larmes qui brillaient comme de la bave de luma dans une éclaircie. »

Ce qui nous conduit tout naturellement aux problèmes posés par les propositions relatives.

 

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Published by Forator
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