Raphaëlle Bacqué, dans Le dernier mort de Mitterrand (éditions Grasset et Albin Michel, 2010), oublie le trait d’union à chaque fois qu’elle évoque la canne-épée de François de Grossouvre, objet qui est à la fois une canne et une épée, pleinement une canne et pleinement une épée ; contrairement à l’amour passion, où le mot apposé désigne une qualité de cet amour. Exemple, p. 210 : « Puis [est arrivé] Grossouvre, avec sa canne épée de gentilhomme. »
En revanche, dans les groupes lexicaux petit ami, petit déjeuner ou petit four, les deux mots forment un bloc. Mais il ne faut pas aller jusqu’à inscrire entre eux un trait d’union, comme cela se pratique de plus en plus couramment… et comme le fait dans ses dernières éditions le Petit Robert.
En observant que le statut de groupe lexical a dû préserver la liaison du t dans « petit ami », j’ai pris conscience de cet autre phénomène : la présence d’un trait d’union, par une sorte de dévoiement, commence à se voir interprétée comme la marque d’une liaison. Dans les textes insuffisamment corrigés que publient certaines maisons d’édition, il arrive qu’un trait d’union saugrenu surgisse à l’intérieur des séquences « doit être », « pourrait être », etc.