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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 09:15

L’impératif tend à disparaître, remplacé par l’indicatif présent (lequel, de nos jours, se prête facilement à la vocifération) : « Kévin, tu arrêtes ton cinéma ! »

Günther Quandt s’emporte contre sa femme Magda, après qu’elle l’a trompé publiquement avec un amant très jeune. « – Dehors, hurla Quandt, dehors ! Tu sors ! Tu sors maintenant, sur-le-champ. Tu quittes ma maison pour ne plus jamais y mettre les pieds. » (Tobie Nathan, Qui a tué Arlozoroff ?, Grasset, 2010, p. 257.) Cette explosion de colère est censée avoir lieu à la fin des années 1920…

« Atlantide Sud », poème extrait d’un beau livre de Jérôme Leroy, Un dernier verre en Atlantide (la Table Ronde, 2010, p. 66), commence par ces vers : « Tu embrasses pour moi l’Atlantique / Dis-tu dans un sms / Et de ma terrasse de café à Ericeira / Je le fais / Il bleuit encore / C’est sa façon de rougir ».

J’ai relu dix fois ce début de poème avant de le comprendre. En fait, il ne faut pas construire : « Tu me dis dans un sms que tu embrasses pour moi l’Atlantique » ; mais entendre : « Embrasse pour moi l’Atlantique, (me) dis-tu dans un sms ». La femme qu’il aime, restée en France, loin de l’Atlantique, demande au poète, qui séjourne au Portugal, de donner pour elle un baiser à l’Océan. Cet usage nouveau de l’indicatif présent, exprimant, non sans ambiguïté, une invitation ou un ordre, avait dérouté ma lecture.

 

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Published by Forator
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MM 14/09/2015 15:22

Je me rappelle un professeur qui nous avait parlé de cette tendance en expliquant que l'indicatif, sans doute perçu comme moins autoritaire par ceux qui l'utilisent, est en réalité d'une violence bien plus grande. "Tu ranges ta chambre" : l'enfant est déjà (mis) dans la situation où, effectivement, il range, il n'a pas le choix.

Baronne Samedi 11/08/2010 20:41


Effectivement, la formulation était pour le moins ambigu. J'ai grand plaisir à découvrir que je ne suis pas seule à déplorer l'effritement de l'expression orale comme écrite, la relève des
contempteurs des moeurs nouvelles est assurée ;-)