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Principe

Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 18:57

Choses entendues : « J’ai bien hessayé… », « Je doi havouer… », « On descen hau prochain harrêt », « Il y a à Madrid un peti haéroport et un gran haéroport » ; ou encore : Untel « étè un gran hécrivain » !

Chaque mot est prononcé comme s’il était complètement séparé des autres, la phrase apparaissant comme la juxtaposition de mots tout juste tirés du dictionnaire, ou préenregistrés et collés bout à bout, sans que soit faite aucune de ces liaisons qui, jusqu’à une époque récente, allaient de soi (même la féminisation de la finale ain disparaît, qui était d’usage devant une initiale vocalique). Bien sûr, cette lettre h que j’introduis avant la voyelle n’est pas prononcée ; je cherche encore une manière simple de noter la non-liaison, la déliaison ou l’anti-liaison.

Le pluriel du mot œil donne aussi du fil à retordre à nos contemporains. Lorsqu’ils prononcent correctement « les yeux », « des yeux », « de beaux yeux », ils n’ont pas conscience de faire une liaison. Presque tous s’imaginent que le mot yeux commence par le son z. S’ils téléchargent un logiciel de retouche anti yeux rouges, ils liront cela : « anti zyeux rouges ».

Comprennent-ils ce que dit Jane Birkin, quand elle chante Jane B. ? Elle articule à la perfection le texte de cette chanson écrite par Serge Gainsbourg, enregistrée en 1968, sortie en 1969 (musique composée d’après un prélude de Chopin) : « Signalement : yeux bleus, cheveux châtains / Jane B., Anglaise, de sexe féminin / Âge : entre vingt et vingt et un / Apprend le dessin », etc.

Gainsbourg nous a légué là un bel hommage aux ressources méconnues de la langue française.

 

Ajout de novembre 2012

Quatre joueurs de football se sont effondrés en même temps sur la pelouse d’un grand stade, pendant un match, foudroyés sur place par une cause mystérieuse, mourant en quelques secondes dans de terribles convulsions

« Le public se tut, chaque spectateur, chaque acteur [sic] sur la pelouse stoppa sa course, son avancée, pour regarder à nouveau le rectangle vert où venait de se dérouler la tragédie. Cent soixante mille yeux à la recherche des quatre corps immobiles. De ces stars que l’on ne pouvait imaginer à l’arrêt, encore moins mortes, puisqu’on les adulait pour leur puissance, leur vitesse et leurs gestes techniques. » (Bertrand Puard, Les Effacés, Opération 3 : Hors-jeu ; éditions Hachette, 2012, p. 18-19.)

J’imagine que si quelqu’un lisait ce passage à voix haute, il prononcerait sans hésiter : « mille z’yeux », alors que la bonne prononciation devrait nous faire entendre : cent soixante « milieux ». Voilà pourquoi, en l’absence de tout déterminant terminé par un s, on parlait naguère de paires d’yeux plutôt que d’yeux. Afin de prévenir l’équivoque, il aurait donc été judicieux d’écrire : « Quatre-vingt mille paires d’yeux à la recherche des quatre corps immobiles. »

 

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Published by Forator
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commentaires

Rose Hilson 19/06/2010 19:28


Ah, je suis avec vous, bien que je sois d'origine britannique! l'avènement de l'heuro nous apporte des 'di heuro', des ' troi heuro', des ' hui heuro' ou des ' vingz heuro ', enfin, vous me
comprenez! Pourtant, les mêmes personnes diraient sans doute ' trois enfants ' etc, non ? Peut-être pas....


Forator 20/06/2010 21:23



Bien sûr, les mêmes personnes diront souvent « trois enfants », en faisant
la liaison. Mais, comme je l’ai signalé ailleurs, nous commençons à entendre la prononciation « troi enfants », sans aucune liaison. C’est parce que l’acte même de lier les
mots entre eux est en train de disparaître que nous voyons fleurir les graphies pseudo-humoristiques ou publicitaires introduisant un Z devant une initiale vocalique :
zenfants, zoiseaux, etc. Dans une
France où les liaisons allaient encore de soi, il aurait paru absurde à tout le monde d’écrire : Allons zenfants, Boucles d’Or et les 3 zours, les Z’éco-défis, etc. Que personne ne raille ces graphies insensées, c’est la preuve qu’elles paraissent de moins en
moins insensées, maintenant que la plupart des liaisons ne sont plus observées. La graphie « zarts » ne pouvait paraître amusante que dans quat’zarts, mot forgé par des fils de bonne famille qui s’encanaillaient en donnant une forme graphique, une légitimité parodique, à une prononciation
populaire ancienne qui
augmentait d’un s l’adjectif numéral invariable quatre. Les graphies actuelles (les zenfants, les zamis, etc.), où le z graphique est purement redondant par rapport au s de
l’article, témoignent d’un plaisir (pervers ?) de mal écrire, d’un ressentiment contre la culture écrite, aujourd’hui profondément diffusé dans toutes les couches de la
société.