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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 09:45

Bienvenue dans une France où les jeux olympiques, naguère « jeuzolympiques », sont devenus des « jeu olympiques ».

La liaison du x et plus généralement du s de pluriel avec l’initiale du mot suivant, quand celui-ci commence par une voyelle ou par un h muet, n’est plus pratiquée. La non-liaison, à l’oral, est devenue la norme. On fait entendre le singulier, là où un lecteur voit le pluriel.

Dans bien des cas, une information manque si ce « z » de liaison n’est pas prononcé. Dans une phrase où figure : « elles utilisent », il faut que nous l’entendions entre « elles » et « utilisent ». Sinon, nous allons supposer que l’auteur du texte a écrit : elle utilise.

Nous sommes arrivés ? Cela se disait : « Nous somm’-z-arrivés », c’est devenu : « Nous sommarrivés. » Pour le coup, on sait qu’il s’agit du pluriel : mais il y a là une inélégance, qui devrait être évitée. (Si les êtres désignés par ce nous sont tous de sexe féminin, on accorde le participe passé en conséquence. Pour savoir ce que je pense des graphies du type « Nous sommes arrivé∙e∙s », on peut se reporter à un billet de 2011 : Échantillons de français futuriste.)

Il ne faut pas vouloir faire TOUTES les liaisons possibles et imaginables, mais certaines liaisons sont réellement UTILES.

À l’intérieur d’une expression au pluriel comportant un nom suivi d’un adjectif ou un adjectif suivi d’un nom, et où le deuxième mot commence par une voyelle, les Français ont longtemps fait entendre le s ou le x antévocalique. Le syntagme au pluriel peut comporter plus d’un adjectif ou plus d’un nom, liés entre eux par une conjonction de coordination : des années de bons et loyaux services ; dans les prairies et les forêts ; les pays riches ou pauvres… Il est bon de lier le s ou le x de pluriel avec la conjonction et, comme avec la conjonction ou.

Est-ce seulement parce que telle expression (jeux olympiques, émeutes urbaines, etc.) risquait d’être entendue comme étant au singulier (jeu olympique, émeute urbaine) ? Mais il suffisait que ladite expression fût précédée d’un article, défini ou indéfini, ou de n’importe quel autre déterminant faisant entendre le nombre, pour que tout auditeur sût que l’expression entière était au pluriel. Un linguiste professionnel nous ferait remarquer que l’article les ou des, le déterminant quelques ou certains devant un mot à initiale vocalique, rendent audible la mise au pluriel de l’ensemble du syntagme. Dès lors, nous dirait-il, pourquoi vouloir faire entendre, en plus du déterminant, une liaison intérieure qui, de toute manière, ne se réalise que si le deuxième mot commence par une voyelle ? Au locuteur qui tiendrait à faire entendre ce x ou ce s antévocalique, le linguiste serait capable de reprocher une redondance sémantique…

Pour ma part, je refuse de voir une redondance dans ce qui n’est que le résultat d’une élocution claire. Du moment qu’il est possible d’employer sans la faire précéder d’un article une expression du type que nous avons défini (exemple : un titre comme Splendeurs et misères des courtisanes), il est naturel de considérer que cette liaison intérieure devrait être réalisée en toute circonstance. Il n’y a pas de raison qu’un même syntagme au pluriel, du type nom + adjectif à initiale vocalique, ou adjectif + nom à initiale vocalique, soit prononcé de deux manières différentes selon qu’il aura été ou non précédé d’un déterminant.

Du reste, le raisonnement du linguiste indulgent se voit infliger un démenti de plus en plus flagrant. L’hebdomadaire Valeurs actuelles (« Valeurs z-actuelles ») est aujourd’hui appelé « Valeuractuelles » par ses propres journalistes et par ceux qui le lisent, bien que son nom ne soit précédé d’aucun déterminant. Quant au titre Splendeurs et misères des courtisanes, il est de moins en moins souvent prononcé « Splendeurs z-et misères… », les étudiants comme leurs professeurs l’ayant transformé en cette pauvre formule au singulier : « Splendeurémisère des courtisanes ».

De même, une journée portes ouvertes est devenue une « journée portouvertes », donc « porte ouverte ». Aucun indice n’est là pour rappeler à ceux qui entendent l’expression qu’elle s’écrit au pluriel, et beaucoup de ceux qui l’auront entendue sous cette forme tronquée croiront devoir l’écrire au singulier.

De belles oranges (« bell’z-oranges ») sont devenues « de belloranges » (et, plus couramment encore : « des belloranges »). Le ministère des Affaires étrangères (« z-étrangères ») est devenu ministère des « Affairétrangères ». Les petites et moyennes entreprises (« petit’-z-et moyenn’-z-entreprises ») sont devenues des « petitémoyennentreprises ». On n’incite plus les Français à s’inscrire sur les « listeu-z-électorales », mais sur les « listélectorales ».

Dans le tramway de Strasbourg, une voix de synthèse s’adresse aux passagers en prononçant : « Médamémessieurs », au lieu de : « Mesdames z-et Messieurs ».

Chaque groupe politique accuse ses adversaires d’être les idiots utiles de quelque chose, mais dans toutes les bouches nous n’entendons parler que d’« idio hutiles ». De même, l’expression à toutes fins utiles, qui s’emploie presque toujours au pluriel (et où le mot fins est synonyme de finalités, buts), est maintenant prononcée : « à toute fin utile ». Ce n’est pas qu’on ait décidé d’employer désormais cette expression au singulier, mais c’est qu’on ne veut plus faire entendre le s antévocalique.

Pourtant, rappelez-vous l’époque où venait de paraître le roman Les particules élémentaires, chez Flammarion, en 1998. Aucun journaliste n’aurait alors songé à massacrer ce titre en le rebaptisant : « Les particul’ élémentaires » (sauf, il est vrai, en 2001, dans Vivement dimanche, un certain Michel Drucker).

Essayez de vous rappeler la manière dont vous prononciez autrefois : Beaucoup d’autres exemples… ; est-ce que vous disiez déjà : « Beaucoup d’autr’ exemples » ? Quand quelqu’un vous parlait des autres élèves (du lycée que vous fréquentiez), ceux-ci étaient-ils déjà devenus des « autrélèves » ?

Les autres habitants, cela doit se dire : « les z-autres z-habitants ». Le h du nom habitants étant muet, la marque du pluriel de l’adjectif autres est bien un s antévocalique, qui se lie avec la voyelle a.

Il est vrai qu’en 1984 Jean-Jacques Goldman chantait déjà : « Envole-moi / Loin de cette fatalité qui colle à ma peau / Envole-moi / Remplis ma tête d’autr’ horizons, d’autres mots… » Or, le h du nom horizon étant muet, la marque du pluriel de l’adjectif autres est bien un s antévocalique, qui aurait dû se lier avec la voyelle o.

Les êtres humains (« êtres z-humains ») sont devenus des « êtrumains ». Les minutes heureuses chères à Baudelaire (« minut’-z-heureuses ») ne sont plus que des « minuteureuses ».

Dans les hautes herbes, cela risque de se dire bientôt : dans les « hauterbes ».

Bertrand Cantat chantait, en 1989 : « Aux sombr’ héros de l’amer / Qui ont su traverser les océans du vide… » L’élision est presque identique à celle que pratiquait Goldman, à une différence près : elle est faite devant un h aspiré. Les « sombr’ héros » sont là pour faire penser au sombrero, symbole de la révolution mexicaine, mais c’est un jeu de mots forcé, parce que la seule bonne manière de prononcer ce groupe nominal est : « sombreu héros ». Le nom héros commençant par un h aspiré, le s final de sombres ne se lie pas. Mais la syllabe finale de cet adjectif, qui contient ce s, ne peut être élidée.

Non moins absurdement, la liaison qu’on fait peut n’être pas la bonne. Un ancien ministre a parlé de « plusieurs petitétats » (oui, « petits t-états »), – comme si la prononciation du s de pluriel était non seulement facultative, mais d’importance secondaire par rapport à la prononciation de la consonne qui le précède.

Certains grantartistes ont tenté de représenter le rêve. (Entendu à la radio.) Il n’y a pas de liaison à faire entre artistes et ont, mais il y avait un s à faire entendre entre l’adjectif et le nom.

Certes, le phénomène n’aboutit pas toujours à une liaison en t. Je viens d’entendre quelqu’un affirmer que les zoos sont « les derniérendroits » où les animaux sont protégés (précisons qu’il n’y a pas de liaison à faire entre endroits et ). Cette fois, le phénomène a abouti à une liaison en r. Et les gens qui sont considérés comme les meilleurs amis du monde deviennent « les meilleuramis du monde ».

On consent à une liaison entre l’adjectif et le nom, à condition de sacrifier la marque du pluriel. Je suppose qu’articuler ce son « z » heurterait l’ouïe du locuteur, ou lui fatiguerait la langue…

Le phénomène touche aussi certains déterminants. Une narration historique comportait la phrase suivante : Il faudra attendre plusieurs heures pour que le marquis de Sombreuil et sa fille soient libérés. (Cette façon qu’ils ont tous de remplacer le présent de narration par le futur…) Eh bien j’ai entendu la narratrice prononcer : « plusieureures ».

 

Il ne faut pas avoir peur non plus de la succession de deux consonnes sifflantes.

« J’aurai de l’or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. » (Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, « Mauvais sang ».) Il n’y a qu’une bonne façon de prononcer féroces infirmes, c’est : « féroceuzinfirmes ». Quant au e caduc qui se trouve à la fin d’infirmes, il vaut mieux éviter de le faire entendre puisque le poème est en prose. La fin de la phrase se lit donc ainsi : « ces féroceuzinfirm’ retour des pays chauds ».

Dans Jean-Michel Charlier, un réacteur sous la plume, documentaire filmé qui a été réalisé en 1988 par le Centre national de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême, le scénariste des aventures de Buck Danny et de Tanguy et Laverdure déclare s’être documenté avant tout en allant « sur des bases aériennes aux États-Unis et en France », et il prononce nettement : « bases z-aériennes ».

Depuis de nombreuses années, croyez-vous que cela se soit dit : « Depuis de nombreuzannées » ?

Quand était évoquée, à propos de telle ou telle entreprise, la gestion des ressources humaines (anglicisme), nous entendions encore, dans les années 1990 : « ressources z-humaines », et non comme aujourd’hui : « ressourçumaines ».

Les puissances hostiles (« puissanss’ z-hostiles ») n’étaient pas encore devenues des « puissançostiles ». Et les carences alimentaires (carenss’ z-alimentaires ») ne devenaient pas dans toutes les bouches des « carençalimentaires ».

 

Sur les premières mesures de la chanson Quelque chose de Tennessee (écrite par Michel Berger, interprétée par Johnny Hallyday), un court texte de Tennessee Williams, extrait de La chatte sur un toit brûlant, est lu par Nathalie Baye. L’enregistrement date de 1985. La comédienne prononce : « Ah, vous autr’, homm’ faibl’ et merveilleux, qui mettez tant de grâce à vous retirer du jeu. Il faut qu’une main, posée sur votre épaule, vous pousse vers la vie. Cette main tendre et légère… » L’élision de la syllabe finale du mot autres est ici parfaitement légitime : l’expression « vous autres » est entre virgules, en apostrophe. La dernière syllabe d’une expression mise en apostrophe ne se lie jamais avec les mots qui la suivent, même lorsque ces mots forment (comme ici) une autre expression en apostrophe.

En revanche, Nathalie Baye a tort d’omettre, entre l’adjectif faibles et la conjonction et, une liaison utile. Comme le montre l’exemple des petites et moyennes entreprises, cité plus haut, la liaison du s ou du x avec la voyelle de la conjonction et n’est pas facultative.

De même, je regrette que Bertrand Louis, dans sa belle mise en chanson – ou mise en rock – du poème « Futur éternel de substitution », de Philippe Muray (extrait du recueil Minimum respect, éditions Belles Lettres, 2003), n’ait pas tenu compte des s antévocaliques qu’il y a dans la première strophe : « Nous aurons des journées nationales et mondiales / Nous aurons des journées régionales et fatales / Nous aurons des années locales et conviviales / Nous aurons des conneries quinquennales et florales »…

Bertrand Louis prononce : « national’ et mondiales », « régional’ et fatales », etc.

Certes, il a raison de ne pas prononcer les e caducs. Muray écrivait en alexandrins modernes : ils riment plus ou moins, et font leurs douze syllabes à condition qu’on oublie la plupart des e qu’ils renferment. Mais Bertrand Louis aurait dû maintenir les liaisons avec la conjonction et : « Nous aurons des journées national-z-et mondiales / […] régional-z-et fatales / […] local-z-et conviviales / Nous aurons des conn’ries quinquennal-z-et florales »… Non seulement ces liaisons ne troublent pas l’euphonie des vers, mais elles confèrent au texte une plénitude syntaxique qui en augmente la verdeur satirique.

 

Dans les Fnac, pendant des décennies, nous avons entendu une voix féminine faire au micro des annonces qui commençaient par la formule : Chers clients, chers adhérents (« chers z-adhérents »). Cette formule est toujours utilisée, mais jamais plus on n’y entend le s antévocalique, alors qu’il n’a probablement pas cessé de figurer dans le texte que lisent les employés (aujourd’hui hommes ou femmes) chargés de faire ces annonces. On entend donc : « Cher client, cher adhérent », ou dans ce nouvel ordre : « Cher adhérent, cher client ». Le soir, par exemple : « Cher adhérent, cher client, nous vous informons que votre magasin va fermer ses portes. Nous vous prions de terminer vos achats et vos demandes de renseignements… » Il est difficile de croire qu’une telle annonce s’adresse à un seul client ou adhérent-client.

Chers professionnels de la communication, quand vous voulez dire Chers auditeurs, Chers adhérents ou Chers amis, faites en sorte que nous entendions « Cherzauditeurs », « Cherzadhérents », « Cherzamis ». Si vous ne faites pas entendre le pluriel, nous entendons le singulier.

Je l’ai signalé plus haut : lorsqu’une journée portes ouvertes se transforme en « journée portouvertes », pour l’auditeur le pluriel est frauduleusement remplacé par le singulier. Si naguère chacun prenait soin de faire ce type de liaisons, c’était pour ne ne pas faire entendre à son interlocuteur ou à son auditoire une information erronée, ou pour que l’interlocuteur ou l’auditoire n’entendît pas autre chose que ce qui était écrit. Il n’y avait pas d’affectation à faire entendre le pluriel.

 

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commentaires

LMMRM 12/08/2019 00:04

Je confirme, le captcha est bien désactivé.

LMMRM 12/08/2019 00:03

Encore mieux : « liens ».

LMMRM 12/08/2019 00:02

Ah, très bien, merci pour les lien ( je vais les ajouter) et pour le captcha.

Forator 11/08/2019 21:41

C’est moi qui vous remercie, cher LMMRM, d’avoir bravé une nouvelle fois le Captcha d’Overblog pour me faire part de vos commentaires et de vos encouragements (je crois que ce Captcha, dont j’ignorais l’existence, est maintenant désactivé…).
Je viens d’ajouter, à la fin du second volet de cet article (« Des crêpes z-au chocolat ou des crêpauchocolat ? »), la liste des précédents billets de mon blog qui parlent de la liaison et de l’élision.

LMMRM 11/08/2019 16:41

Vaste sujet peu abordé, merci ; vous faites bien d'appuyer là-dessus et je vais faire deux liens sur mon site renvoyant à vos deux articles.
Pas mal, certains de vos exemples.
Sans parler de « deux heuros » et de « quatre-vingts heuros ».
Je crois qu'on trouvera aussi quelques réflexions intéressantes sur les liaisons dans ma leçon 364* et dans ses deux liens vers le site de l'Académie.
Les professionnels de l'audio (livres audio, par exemple), eux, font soit trop de liaisons, soit pas assez.
(J'ai bataillé une bonne quinzaine de fois inutilement sur le captcha avec Firefox, puis j'ai changé de navigateur. Pourriez-vous désactiver la fonction ou l'affaiblir ?)

A la prochaine, cher ami.

* http://lesmediasmerendentmalade.fr/Courriels-a-l-elysee-et-autres-guitares-20.html

Isabelle Dotan 11/08/2019 08:39

Merci pour votre billet intéressant et pertinent pour les professeurs de français. Votre billet traite de la phonétique et en français, il me semble que la phonétique n'a pas toujours, voire jamais, de règles fixes. Ce n'est pas comme la grammaire. De ce fait, je ne suis pas sure qu'on puisse fixer les cas de liaison ou d'élision vocalique. Il me semble que tout dépend de la prosodie du français : là où la phrase se prononce fluement, sans hachure, la phrase est compréhensible et agréable à l'oreille (selon le critère francophone bien sûr) et donc acceptable. Et là où la fluence de la phrase ne passe pas, la liaison est bienvenue pour faciliter l'élocution de la phrase. Les cas où il faut faire entendre un pluriel est souvent inutile puisque comme vous le dites, l'article ou même encore le verbe indiqueront généralement le singulier ou le pluriel. De plus, les francophones sont bien habitués au genre de phrase comme "Ils mangent beaucoup" qui est obscure quand on l'entend sans contexte. Cela rejoint le cas comme "L'amie de mon amie" (où à l'oral, on ne peut savoir si l'ami est un ami ou une amie. Il me semble donc que "faire la liaison ou l'élision" est une décision subjective et que le critère pertinent dépend de l'oreille (francophone): si la phrase est agréable à l'oreille, si la fluence est bonne c'est bien, sinon faisons une liaison ou un élision (l'élision pour éviter une phrase discordante ou sifflante). C'est d'ailleurs un grand défi pour les apprenants de FLE qui ne sont pas assez exposés à la langue ; ils ne peuvent pas juger de ce qui est agréable ou désagréable à l'oreille...

Forator 19/08/2019 09:14

Je vous remercie, Isabelle Dotan, d’avoir pris la peine de rédiger un commentaire, mais je ne vous cache pas que je suis en désaccord avec vous sur presque tous les sujets que vous y abordez.
« Les cas où il faut faire entendre un pluriel est souvent inutile puisque comme vous le dites… » Mon article ne cautionne en aucun cas l’assertion ci-dessus, bien au contraire.
Faire la liaison ou l'élision est, selon vous, le résultat d’une « décision subjective », et dépendrait « de la prosodie du français » (le plus important étant que la phrase « se prononce fluement [?] », qu’elle soit « agréable à l’oreille », etc.). Or je vous assure qu’il n’en a pas toujours été ainsi. C’est pourquoi je me suis efforcé de recenser les cas où la liaison était (naguère encore) pratiquée à bon escient.
Si vous avez lu certains de mes précédents billets, vous devez savoir que je réfute la thèse subjectiviste, voire spontanéiste, que tout le monde semble avoir adoptée de nos jours.
Vous semblez considérer que les normes d’une langue (phonologiques, mais peut-être aussi morphologiques, lexicales, syntaxiques) doivent désormais être établies, ou révisées, en fonction des difficultés rencontrées par les étrangers qui cherchent à apprendre cette langue. N’est-ce pas prendre le problème à l’envers, du moins pour le cas de notre langue ? Je crois plutôt que c’est parce que les Français sont en train de trahir et d’abandonner leur langue, par lassitude ou par amour de la culture américaine, que les étrangers ont aujourd’hui tant de mal à l’apprendre.