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Principe

Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 14:34

À droite d’un groupe formé par un nom et son complément, peuvent prendre place divers éléments : un adjectif, plusieurs adjectifs, un adjectif suivi d’un groupe prépositionnel de valeur circonstancielle, etc. Les éléments placés à droite sont liés soit au nom principal, soit au complément de ce nom. Il ne faut veiller à ne pas se tromper lorsqu’on choisit l’accord de l’élément situé à droite.

« MADAME GEORGES : […] Quand il fait son petit pipi, il faut toujours regarder la couleur, madame Julien. Si c’est trop blanc c’est qu’il est anémique. Il faut lui donner une gousse d’ail écrasé dans son lait. » (Jean Anouilh, Colombe, 1951, premier acte, dans Théâtre, volume I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2007, p. 921.) C’est la gousse qui est écrasée. Sans doute s’agit-il d’une simple faute d’orthographe, mais on a connu les correcteurs des volumes de la Pléiade plus vigilants.

« Guili-Guili fit cuire une demi-lessiveuse de brisures de riz gluant et collant à souhait […]. » (Alix de Saint-André, L’ange et le réservoir de liquide à freins, 1994, Folio policier, p. 104.) Le défaut de cette phrase vient de ce que l’auteur a accordé les adjectifs gluant et collant avec le nom riz, alors qu’on ne peut pas le séparer du syntagme pour accorder les adjectifs avec lui seul : ce sont les « brisures de riz » qui sont gluantes et collantes.

La phrase suivante exige plus de modifications :

« Stella se mit à côté, à genoux aussi, et lui toucha l’épaule. Guili-Guili tourna vers elle un visage de petite fille très ridée, dégoulinant de larmes qui brillaient comme de la bave de luma dans une éclaircie. » (L’ange et le réservoir de liquide à freins, Folio policier, p. 120.) Dans la langue poitevine, un luma est un escargot.Intéressons-nous à la construction. Tout va bien jusqu’à « ridée ». Malheureusement, juste après, surgit un adjectif au masculin (il ne s’agit pas du participe présent mais de l’adjectif verbal) et celui-ci se rapporte à un autre nom, situé plus en amont. La vieille religieuse ressemble à une petite fille et cette petite fille est « très ridée », mais son visage est « dégoulinant ». Or, quand deux adjectifs se suivent, ils doivent être considérés comme coordonnés et se rapportant au même nom.

Mais si on écrivait : « Guili-Guili tourna vers elle un visage de petite fille très ridée, dégoulinante de larmes… », on s’éloignerait de ce qu’Alix de Saint-André avait voulu suggérer. La meilleure solution me semble être celle-ci : « Guili-Guili tourna vers elle son visage, qui était celui d’une petite fille très ridée, et il dégoulinait de larmes qui brillaient comme de la bave de luma dans une éclaircie. »

Ce qui nous conduit tout naturellement aux problèmes posés par les propositions relatives.

 

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 12:14

Peut-on écrire sans déterminant un nom qui se voit flanqué, à sa droite, par un adjectif qualificatif accompagné d’un adverbe ou par tout autre groupe ou proposition épithète (groupe prépositionnel, subordonnée relative, etc.) ? Jusqu’à quel point peut-on faire pencher du côté droit un groupe nominal étendu ?

 

Tant qu’il n’y a qu’un adjectif qualificatif, tout se passe bien : « Deux courtes mèches de cheveux blancs s’étaient échappées de son voile et lui faisaient des petites cornes de diablotin inoffensif. » (Alix de Saint-André, L’ange et le réservoir de liquide à freins, Gallimard, Série noire, 1994 ; collection Folio policier, p. 120.) L’auteur décrit une religieuse très âgée, que les élèves ont surnommée Guili-Guili.

Bien sûr, « des petites cornes » est un peu familier, et rien n’empêchait d’écrire : « Deux courtes mèches de cheveux blancs… lui faisaient les petites cornes d’un diablotin inoffensif » ; mais la phrase d’Alix de Saint-André n’est pas incorrecte, elle l’est même d’autant moins que la narration est partout saupoudrée de tournures familières. En revanche, « lui faisaient de petites cornes de diablotin inoffensif » aurait été maladroit, voire inadmissible : il vaut mieux éviter de faire se succéder un article indéfini à la forme réduite (de) et une préposition ayant entraîné l’effacement d’un autre article indéfini (de). En outre, un auditeur aurait perçu deux fois l’adjectif numéral deux (« Deux courtes mèches… lui faisaient deux petites cornes »).

Quant à moi, je me serais contenté d’écrire : « … et lui faisaient des petites cornes de diablotin. » Je trouve qu’inoffensif affaiblit le trait.

 

Mais qu’arrive-t-il lorsque cet adjectif qualificatif est accompagné d’un adverbe, ou lorsqu’un deuxième adjectif lui est coordonné ?

Le héros-narrateur d’Extension du domaine de la lutte s’est fait admettre dans une maison de repos : « [L]e médecin-chef me fut d’un faible secours. […] / Un peu plus âgée, d’origine sociale plus modeste, la psychologue qui l’assistait [= qui assistait le médecin-chef] m’apporta au contraire une aide précieuse. Il est vrai qu’elle préparait une thèse sur l’angoisse, et bien entendu elle avait besoin d’éléments. » (Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, éditions Maurice Nadeau, 1994 ; réédité dans la collection J’ai lu, p. 144-145.) « Plus âgée » et « plus modeste » que le médecin-chef. Mais il faudrait : « d’une origine sociale plus modeste ».

« Blunt enfonça sa fourchette dans le pain de viande et en sortit un morceau de hachis imbibé de sauce épaisse et brune. » (Annick Le Goyat traduisant Anthony Horowitz, Les larmes du crocodile, huitième aventure d’Alex Rider, Hachette, 2010, p. 249.) Le syntagme « morceau de hachis » est suivi d’un adjectif, celui-ci (« imbibé ») est à son tour suivi d’un complément introduit par la préposition de, complément formé d’un nom suivi de deux adjectifs coordonnés. Le fait que « brune » soit coordonné à « épaisse » empêche de considérer les mots sauce épaisse comme formant un groupe lexical (du type petit ami, petit déjeuner, bon mot, etc.). Chacun de ces adjectifs apportant donc une information pleine et entière, le dernier groupe nominal manque d’appui. Voilà pourquoi il aurait fallu écrire : « un morceau de hachis imbibé d’une sauce épaisse et brune ».

« Joe ne sut pas résister et il attaqua la deuxième bouteille de whiskey cher à Dermot, à la vie éternelle duquel nous bûmes au moins dix fois. » (Michel Déon, Les poneys sauvages, « Édition revue et corrigée avec une note de l’auteur », Gallimard, collection NRF, 2010, p. 553-554.) Dermot, c’est Dermot Dewagh, qui vient de mourir et qui fut professeur de littérature à Cambridge. Joe est le tenancier du pub où deux des héros du roman, anciens élèves de Dewagh, se sont rendus pour trinquer à sa mémoire. L’adjectif « cher » et le complément qui lui est lié pèsent lourd à la droite du nom. À gauche du nom, la préposition seule n’y fait pas contrepoids. Il faut donc exprimer l’article défini (qui fusionne avec la préposition) : « la deuxième bouteille du whiskey cher à Dermot ».

 

Il règne désormais tant d’incertitude dans l’usage des déterminants, qu’on voit se former des phrases inintelligibles.

« Claire gagna les prés salés<,> où ses pieds s’enfonçaient profondément. / Ses bottes neuves, même alourdies de boue et de coquillages, étaient bien faites pour marcher sur la laisse de sable et sur l’affleurement des roches les plus basses. […] Le bas de son survêtement était lourd d’herbe humide de rosée et de mer. » (Pascal Quignard, Les solidarités mystérieuses, éditions Gallimard, collection NRF, 2011, p. 63, et collection Folio, p. 64.)

Comment un bas de pantalon peut-il être « lourd d’herbe » ? Sans doute est-il alourdi par les brins d’herbe, humides de rosée, qui s’y sont collés. D’autre part, est-ce cette herbe qui est en même temps « humide de rosée et de mer » (sens peu clair) ou est-ce le bas du survêtement qui est « lourd d’herbe » et « (lourd) de mer », parce que la femme a marché dans la mer ?

 

L’extrait suivant n’est pas inintelligible, mais on y trouve un groupe nominal qui n’est pas assez fermement ancré (ou amarré) du côté gauche :

« Je demeurai stupide ; les filles bientôt se jetèrent à leur tour dans la nuit. L’une d’elles, à longs cheveux d’un beau brun et parures de strass, avait à la bouche un reste d’enfance sous l’épaisse vulgarité du fard ; elle revint sur ses pas pour reprendre un sac ou un gant oublié […]. » (Pierre Michon, « Vie du père Foucault », dans Vies minuscules, éditions Gallimard, 1984 ; collection Folio, p. 142.) Aux longs cheveux d’un beau brun et à parures de strass… Il faut ajouter devant le G.N. un article défini, qui fusionne avec la préposition, tandis qu’une préposition seule (effaçant tout article) est requise à gauche de « parures de strass ». La préposition apparaissant sous deux formes différentes, il est nécessaire de la répéter.

Mais il arrive que l’ancrage à gauche se révèle trop marqué :

« On observe que tous les hommes, mis en situation de choisir, font exactement les mêmes choix. C’est ce qui a conduit la plupart des civilisations, en particulier la civilisation musulmane, à la création des marieuses. C’est une profession très importante, réservée aux femmes d’une grande expérience et d’une grande sagesse. » (Michel Houellebecq, Soumission, Flammarion, 2015, p. 293.) L’article défini qui se trouve à gauche du nom (et qui fusionne avec la préposition à) n’est pas compatible avec l’article indéfini qui est placé en tête du complément de ce nom. La phrase serait-elle plus acceptable si l’on y introduisait un pronom relatif : « réservée aux femmes qui sont d’une grande expérience et d’une grande sagesse » ? Je n’en suis pas sûr. Le résultat paraît pour le moins lourdaud.

Deux possibilités auraient dû se présenter à l’auteur, de préférence à la formulation qu’il a choisie : « réservée aux femmes de grande expérience et de grande sagesse » ; ou : « réservée à des femmes d’une grande expérience et d’une grande sagesse ».

Comme on l’aura constaté, ces phénomènes, très intéressants à décrire, sont difficiles à théoriser.

 

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 00:45

Chacun de nous peut entendre prononcer, de plus en plus souvent : « La preuve en est, c’est que… » ; « Le fait est, c’est que… » ; « À cette différence près, c’est que… » ; « Pour la bonne et simple raison, c’est que… », « Je pars du principe c’est que… ».

L’incorrection est patente dans chacun de ces énoncés. Explicitons la construction d’origine : la preuve en est = la preuve de cela (de tel fait) est… Puis la conjonction que introduit une proposition complétive, attribut du sujet « la preuve ». De la même manière, il faudrait toujours dire : « Le fait est que… » ; « à cette différence près que… » ; « … pour la bonne et simple raison que… ». La complétive est tantôt attribut du sujet, tantôt liée à un nom dont elle explicite le contenu : l’espoir que, la preuve que, la pensée que, la crainte que…, etc.

Exemple de phrase correcte : « Vous devez reconnaître que toute théorie, qu’elle soit scientifique ou philosophique, est probable. La preuve en est que les thèses scientifiques, historiques, varient et qu’elles se font sous forme d’hypothèses. » (Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme, éditions Nagel, 1946, p. 133.)

Or l’oral affectionne le tour « c’est que… ».

À l’oral, il est devenu courant que « Le problème est que… » soit machinalement remplacé par : « Le problème, c’est que… ». Les universitaires parlent de dislocation. Le procédé est machinal : d’abord on prend son élan, en faisant peser sur le mot problème un accent d’insistance, témoignage de notre agacement ou de notre indignation, puis, après un détour par le pronom ce, on développe l’idée. La formule est lourde mais, grammaticalement, ne contient aucune incorrection.

Les tours suivants sont également corrects : « La preuve, c’est que… » ; « La preuve de ce que j’affirme, c’est que… » ; « Notre seule crainte, c’est que… ». Mais n’emmêlons pas deux formules incompatibles. On ne peut pas cumuler deux « est », ni un démonstratif et un « est », car l’adjectif démonstratif ou l’article défini préparent l’apparition du que : « à cette différence près que… » ; « pour la bonne et simple raison que… » ; « Je pars du principe que… ».

En revanche, on peut dire : « à une différence près, c’est que… », qui s’écrit aussi : « à une différence près : c’est que… ». Au contraire de l’article défini et de l’adjectif démonstratif, l’article indéfini est compatible avec « c’est que… ». Exemple : « Enfin l’on peut dire que la misantropie est naturalisée en Angleterre, aussi bien que la coquetterie en France, à une différence près, c’est que la misantropie Angloise est une suite [= un effet] de tempérament, et que la coquetterie Françoise est un résultat de légèreté. » (Essai sur l’origine et l’antiquité des langues, 1767, de Jean-Baptiste Perrin, qui était maître de français à Londres.)

Correct également : On part d’un principe, qui est que… Ou encore : On part d’un principe, c’est que… Mais non pas : « On part du principe, c’est que… » (« Moi je pars du principe c’est que s’il a besoin d’une autre femme que moi c’est que je ne lui suffis pas »).

 

« La preuve en est… » joue le rôle d’une élégance littéraire d’autrefois, qui annonce de la solennité. Renoncer brusquement à cette construction et faire redémarrer la phrase par « c’est que », en introduisant une inutile répétition du verbe être, cela gâte tout le discours.

À propos de Fantin-Latour (qu’il appelle étrangement « Fantin » tout au long de son récit) et du tableau où celui-ci a représenté Verlaine, Rimbaud et six autres poètes, Guy Walter écrit : « En plus, avec sa toile d’Orsay, il n’avait pas triché. La preuve en est, c’est qu’il avait décidé de l’appeler Un coin de table. » (Guy Walter, Outre mesure, « histoires », éditions Verdier, 2014, p. 13.) Je suppose que l’emploi d’une langue nonchalante et asyntaxique veut donner au texte une allure rimbaldienne…

Curieusement, cette faute très actuelle a été commise en son temps par Nathalie Sarraute, dans un développement sur l’art d’Ivy Compton-Burnett : « Mais ses livres ont ceci d’absolument neuf, c’est qu’ils ne sont qu’une longue suite de dialogues. » (L’ère du soupçon, Gallimard, 1956, « Conversation et sous-conversation » ; collection Idées, p. 142.) Il faut supprimer le c’est, ou écrire par exemple, en utilisant le double point : « Mais ses livres ont ceci d’absolument neuf : ils ne sont qu’une longue suite de dialogues. »

À peine moins maladroit, ceci : « Preuve en est, nous trouvons sur le site cette affirmation bien mystérieuse […]. » Dire : J’en veux pour preuve le fait que…

J’ai trouvé la plus ancienne attestation de cette tournure dans une page de Drieu la Rochelle : « Il lui semblait [= à Alice] que tout s’en allait avec Gilles. Elle eut dans les os un de ces frémissements terribles qui annoncent la mort dans la vie d’un être. / Et Gilles ressentit par contre-coup ce frémissement. Bien plus fortement qu’avec Myriam, il entrevit cet aspect tragique de la destinée, c’est que nous nous apportons la mort les uns aux autres. » (Pierre Drieu la Rochelle, Gilles ; éditions Gallimard, 1939, texte complété en 1942 ; collection Folio, p. 241.)

 

Autre formulation pléonastique : « Le phénomène s’explique parce que… », au lieu de : par le fait que.

 

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 07:12
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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 18:39

4. Dernières observations

 

Il arrive que la construction se révèle illogique alors que l’orthographe a été respectée :

« Un des aspects qui ont le plus frappé les premiers lecteurs de La Modification, le plus scandalisé certains [sic], ç’a été la longueur de ses phrases. » (Michel Butor, Improvisations sur Michel Butor : L’écriture en transformation ; éditions de la Différence, 1993, repris dans la collection Minos, 2014, p. 105.) Un écrivain de la stature de Michel Butor aurait dû écrire : « Un des aspects qui ont frappé les premiers lecteurs de La Modification, l’aspect qui a le plus scandalisé certains d’entre eux, ç’a été… »

Il faut supprimer « le plus » dans le premier segment et ajouter dans le deuxième : « l’aspect (au singulier) qui a ». Enfin, il n’est pas mauvais d’insérer « d’entre eux » après certains.

 

Chez Bouveresse aussi, orthographe respectée, construction illogique :

« J’ai évoqué la façon dont la plupart des auteurs postmodernes donnent l’impression de s’évertuer à rendre la plus instable et la plus insaisissable possible – quand ils ne proposent pas de l’abandonner purement et simplement – la distinction entre le vrai et ce qui est reconnu et désigné comme vrai par des sujets connaissants et parlants donnés à une époque et dans une culture données. Un de ceux qui ont excellé jusqu’à la virtuosité dans ce genre d’exercice me semble être précisément Foucault. » (Jacques Bouveresse, Ce que des auteurs infréquentables ont à dire à ceux qui ne veulent pas leur ressembler, texte d’une conférence prononcée le 17 mars 2011 lors d’un colloque consacré à Spengler ; publié dans la revue Agone, n° 48, 1er trimestre 2012, p. 181.)

Bien sûr, d’un point de vue strictement grammatical, l’accord est correct. Mais considérons la signification de cet énoncé. Bouveresse admet que, si plusieurs auteurs ont essayé de saper les fondements de la notion de vérité, un seul d’entre eux aura excellé jusqu’à la virtuosité dans cet art. Exceller jusqu’à la virtuosité est ici le propre de Foucault, et c’est en quoi Foucault se distingue de « la plupart des auteurs postmodernes », selon l’expression qui figure au début de l’extrait choisi. Voici ce que Bouveresse a réellement voulu dire : « Celui qui a excellé jusqu’à la virtuosité dans ce genre d’exercice me semble être précisément Foucault. »

Au tout début de l’article, la plume de Bouveresse a déjà cédé à l’attrait de notre irrésistible locution : « Musil, qui est l’auteur d’un des comptes rendus critiques les plus remarquables qui aient été écrits à propos du Déclin de l’Occident, a choisi de traiter Spengler avant tout comme un symptôme, qui en dit probablement bien plus en fin de compte sur l’époque que sur l’auteur lui-même. » (Revue Agone, n° 48, p. 163.) Quel dommage de diluer ainsi la formulation de ce qu’on veut dire ! Car tout le texte de Bouveresse montre que la phrase signifie en réalité : « Musil, qui est l’auteur du compte rendu critique le plus remarquable qui ait été écrit à propos du Déclin de l’Occident… ». Et la suite aurait gagné à être délestée d’au moins un des adverbes qu’elle contient : probablement, en fin de compte.

Nonobstant ces menues défaillances stylistiques d’un philosophe dont la syntaxe est généralement irréprochable, la conférence dont j’ai tiré les phrases qu’on vient d’analyser est à lire absolument. Bouveresse s’y demande pourquoi les modernes ne lisent plus Le déclin de l’Occident, alors que nombre de ces modernes – ou « postmodernes », dont Foucault, – ont prétendu légitimer le même relativisme idéologique et le même historicisme radical qu’Oswald Spengler…

 

Bref, lorsque nous constatons que le tour « un des… » ou « un de ces… » nous est sorti de la plume, tâchons de nous rappeler qu’il est souvent possible de trouver mieux.

 

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 18:25

3. Autres observations

 

Dans certains cas, l’ajout d’une virgule suffit à clarifier la phrase. La subordonnée relative est alors explicitement explicative ; on ne risquera plus de la confondre avec une déterminative, l’antécédent du pronom relatif étant clairement situé en amont :

« [O]n a préparé l’anisette [réclamée par Amanda] avec des courses, des conciliabules, des rencontres de gens qui courent sans se voir, des va-et-vient… La dame du vestiaire et un des tziganes qui a abandonné son violon s’en sont mêlés et c’est presque un petit ballet furtif et trottinant qui est souligné ironiquement par la musique sur un thème qui déforme la “valse” sans qu’on cesse de la reconnaître. » (Jean Anouilh, Léocadia, 1939, texte consulté dans Le rendez-vous de Senlis, suivi de Léocadia, Gallimard, Folio, p. 201.) C’est plus clair si la relative est mise entre deux virgules : « La dame du vestiaire et un des tziganes, qui a abandonné son violon, s’en sont mêlés ».

Dans le parc où la scène se joue, il y a des musiciens tziganes. Le déterminant utilisé (« des » = de + les) s’explique par le fait que le terme désigne des personnages qui ont été introduits plus haut, bien avant l’apparition de cette didascalie ; la relative, dont l’antécédent est donc le pronom un et non le mot tziganes, a bien une valeur explicative.

François Baillard a été arrêté et deux gendarmes veulent l’emmener en prison, mais il est si affaibli qu’un gendarme réclame pour le transporter une voiture attelée : « – […] Je n’ai pas de voiture. Voulez-vous lui en payer une ? / […] – J’en fournirais une pour trente sous, dit un des plus acharnés bourreaux qui saisit l’occasion d’un profit. » (Maurice Barrès, La colline inspirée, « Édition définitive », chapitre XIII, Plon, 1922, p. 182.) Ceux que l’auteur appelle ici les bourreaux, ce sont les villageois hostiles aux frères Baillard. De fait, on constate que Barrès omet fréquemment la virgule qui devrait précéder une relative explicative : « Dès le premier pas, le malheureux [= François Baillard] chancela et vint tomber sur la croupe de la bête qui fit tête-à-queue. » (Même page.)

Certes, le fait que « fit » soit au passé simple indique assez que les trois verbes expriment une succession linéaire d’actions. Mais si la page avait été écrite au présent, l’équivoque aurait surgi.

 

S’il n’y a pas de pronom relatif, l’ajout d’une virgule peut fournir une transition nécessaire et suffisante entre ce pluriel et le singulier des participes et des adjectifs possessifs, comme le montre ce petit extrait de dialogue (entre une certaine Mme Mopey, femme du directeur d’une compagnie d’assurances, et le célèbre détective Marshall M. Ney) :

« – C’est le plus grand cardiologue de Georgie et peut-être d’Amérique : le docteur Goods. / – Ce nom-là me dit quelque chose. Encore un de ces grands spécialistes, embusqué au fond de son laboratoire et se prenant pour le nombril de l’univers ! » (Lieutenant X [alias Vladimir Volkoff], Comment j’ai capturé un fantôme, dixième aventure de Larry J. Bash, éditions Hachette, Bibliothèque verte, 1984, p. 75.)

Dans cette phrase, la présence de l’adjectif « grands » suffit à faire du syntagme introduit par « de ces » un ensemble clos et complet. L’adjectif « embusqué », au singulier, puis le possessif « son », également au singulier, se laissent alors rattacher au pronom « un », qui précédait ce syntagme. La présence du possessif « son » nous fait entendre qu’« embusqué » est au singulier. Donc la phrase est aussi claire pour l’œil que pour l’oreille.

Comme il est naturel au sein d’un échange de propos qu’on rapporte au discours direct, le tour reflète la spontanéité de l’oral, peut-être mieux que ne le feraient ceux-ci : « Encore un de ces grands spécialistes embusqués au fond de leurs laboratoires et se prenant chacun pour le nombril de l’univers ! »

 

Les exemples qui suivent sont empruntés au Français correct de Maurice Grevisse (6e édition, revue par Michèle Lenoble-Pinson, De Boeck & Duculot, 2009, § 976, p. 338). Les commentaires seront de mon cru :

« Il répondit à un des juges qui l’interrogeaient » : la relative étant déterminative, le verbe se met au pluriel (le groupe « un des juges » est défini par le contenu de la relative placée à sa droite).

En revanche, la phrase : « Il répondit à un des juges qui l’interrogeait » doit être considérée comme incorrecte tant qu’il y manquera la virgule qui devrait précéder la subordonnée relative, cette relative étant explicative. Le groupe « les juges » a été défini précédemment, et la relative ne se rapporte qu’au pronom un.

« Je suis allé remercier un des laboureurs qui nous avait envoyé des roses » (Mauriac). J’ignore si cette phrase provient d’un roman ou d’un écrit autobiographique. Est-ce vraiment Mauriac qui a omis la virgule devant cette subordonnée relative, nécessairement explicative ? En effet, la phrase ne peut signifier qu’une chose : le locuteur (personnage d’un roman ou François Mauriac lui-même) a devant lui plusieurs laboureurs, qui travaillent peut-être sur ses terres, et que le texte a dû mentionner précédemment, mais un seul d’entre eux lui a envoyé des roses.

« J’allais justement chez une de ces femmes, qui habite rue Pauquet » (Jules Romains). La présence de la virgule rend la phrase parfaitement claire. « Ces femmes » : groupe défini plus haut dans le texte ; « qui habite » : ne se rapporte qu’au pronom une.

 

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 10:37

2. Erreurs qui requièrent la refonte de l’énoncé :

 

Dans certains cas, rectifier un accord ne suffit pas à supprimer l’illogisme.

Usage normal, sous la plume d’un auteur longtemps réputé trop oral :

« C’était une grande maison bleue à deux étages et justement une de celles qui ne tenaient plus guère debout, de sorte qu’il y avait dans la façade une grande lézarde qui, partant d’un cadran solaire, la traversait obliquement jusqu’au toit. » (C. F. Ramuz, Farinet ou la Fausse Monnaie, 1941, chapitre IV, dans Romans, volume II, Bibliothèque de la Pléiade, 2005, p. 725.) L’auteur a pris soin d’expliquer que la plupart des maisons du village sont inhabitées et en ruines.

En revanche, dans l’annotation des textes réunis dans le même volume de la Pléiade, nous lisons ceci : « Du premier plan au manuscrit définitif, puis du dactylogramme à l’édition originale, Présence de la mort est un des romans qui a subi les plus profondes transformations, au point que l’on peut parler de work in progress. » (Jérôme Meizoz, « Notice » de Présence de la mort ; dans Romans, volume II, p. 1497.) Je rappelle que Work in Progress fut le titre provisoire de Finnegans Wake.

Jérôme Meizoz aurait pu écrire : « Présence de la mort est un roman qui a subi… ». Il n’y avait qu’un mot à ôter.

« Une nouvelle citation se présenta à lui [= à l’esprit de Beaujeux], une de celles qui, depuis son enfance, l’avait toujours terrorisé. Quand tu seras vieux, dit le Christ à Pierre, tu n’iras plus où tu voudras, mais d’autres te mèneront où tu ne voudras pas aller. » (Vladimir Volkoff, Les humeurs de la mer, IV : Les maîtres du temps ; éditions Julliard et l’Âge d’Homme, 1980, p. 399.) Existait-il tant de citations susceptibles de terroriser le colonel Beaujeux quand il était petit garçon ? Il ne suffirait pas de mettre au pluriel le verbe de la relative. On ne peut que reformuler : « Une nouvelle citation se présenta à lui, une phrase qui, depuis son enfance, l’avait toujours terrorisé. »

« [Alexandra] voulut visiter un sous-marin nucléaire. Cette décision étonna Ivan. Il demanda : / – Pourquoi ? / – Je veux rencontrer ces hommes qui ne redoutent pas une des morts que je n’aurais risquée pour rien au monde. » (Jacqueline Dauxois et Vladimir Volkoff, Alexandra, roman, éditions Albin Michel, 1994, p. 477.) Dans ce roman qui relève du genre de l’uchronie, Alexandra est la jeune impératrice d’une Russie qui n’aurait pas connu le communisme. Quant à Ivan (Barsoff), c’est le premier ministre d’Alexandra, et son plus proche conseiller. Il aurait fallu écrire soit : « qui ne redoutent pas une des morts que je n’aurais risquées pour rien au monde », soit, plus logiquement : « une mort que je n’aurais risquée pour rien au monde ».

« Une troisième mélancolie pourrait être dégagée : une mélancolie tragique, dont le cinéma de Jean-Pierre Melville (1917-1973), constitue une des expressions la plus limpidement sobre. » (Philippe Corcuff, Polars, philosophie et critique sociale, avec des dessins de Charb ; éditions Textuel, collection Petite Encyclopédie critique, 2013, p. 15.) Sic ! Il y a une virgule parfaitement superflue, entre le sujet et le verbe, au sein de la subordonnée relative. Et cette absurdité : « une des expressions la plus… », au lieu de : « une des expressions le(s) plus limpidement sobres », voire : « l’expression la plus limpidement sobre ».

Enfin, je ne sais plus où j’ai entendu cette phrase ahurissante : « On a vu cela dans une des émissions qui est les plus regardée(s) aux États-Unis. » Je sais seulement que je ne l’ai pas rêvée. Pour corriger cette horreur, il suffirait d’écrire : « dans une des émissions les plus (ou le plus) regardées… », voire : « dans une émission qui est des plus regardées aux États-Unis ».

 

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 10:10

Voici les plus anciennes attestations que j’aie trouvées de cette construction qui nous vient si vite aux lèvres mais s’avère si rarement utile :

« “Un des faits qui m’a permis d’établir ma conception de la psychologie individuelle, c’est la démonstration du sentiment d’infériorité plus ou moins conscient qui existe chez toutes les femmes et chez toutes les petites filles du simple fait qu’elles sont femmes. […]” (Adler). » (Henry de Montherlant, Les lépreuses, 1939, « Appendice » ; Folio, p. 243.) Montherlant cite la traduction d’un texte du psychologue Alfred Adler, manifestement telle qu’elle existait à son époque, sans corriger la faute qu’elle contient.

Dans cet autre texte, le narrateur décrit Oscar, l’un des membres du petit groupe de jeunes gens débrouillards avec lesquels il vient de se lier. Le jeune homme gagne sa vie en vendant des « tuyaux » aux abords des champs de courses : « Ce fut un des premiers de la bande qui me considéra comme un frère ; je l’accompagnais parfois sur le champ, au Tremblay, à Maisons, tout autour de Paris. » (Raymond Queneau, Odile, roman paru en 1937, Gallimard ; p. 18 du volume de la collection L’Imaginaire, reprint de l’édition de 1964 ; idem dans le volume Romans, I, de la Bibliothèque de la Pléiade, 2002, texte établi par Jean-Pierre Longre, p. 523.) L’incohérence nous saute aux yeux et aux oreilles. Il aurait fallu dire : « Ce fut le premier de la bande qui me considéra… ».

En l’occurrence, la faute est d’autant plus étonnante que, deux pages plus haut, l’auteur avait écrit : « Un copain de S… y logeait également ; ce fut une des raisons qui me firent juger digne d’être admis dans un petit groupe de jeunes gens qui pratiquaient l’art de vivre sans se fatiguer. » (Odile, L’Imaginaire, p. 16-17.)

 

1. Erreurs faciles à corriger :

 

Un certain Fabrice Gabriel a écrit, à propos de L’irréversible et la nostalgie de Vladimir Jankélévitch, que c’est « l’un des plus beaux livres qui soit sur la musique » (dans Les Inrockuptibles, n° 249, juin 2000, p. 37).

Portrait de D. (Dominique Rolin) par Philippe Sollers : « [P]er­sonne ne peut porter des pendants d’oreilles comme D. À l’espagnole, justement, bien qu’elle soit belge, ou plutôt hollandaise, ou plutôt juive polonaise, ou plutôt, tout simplement, une des plus belles femmes qui ait jamais existé. » (Ph. Sollers, Un vrai roman. Mémoires, éditions Plon, 2007 ; réédition en Folio, p. 101.)

« [M]ême le changement d’étage d’André Breton, le locataire d’en face, figure sur l’un des rapports établi à partir des confidences d’un marchand de tableaux, anticommuniste notoire, que le service des cadres de Lecœur [= Auguste Lecœur] a retourné depuis qu’il s’est compromis dans une sale histoire de ballets roses. » (Gérard Guégan, Qui dira la souffrance d'Aragon ?, éditions Stock, 2015, p. 25.)

« “J’étais étranger, et vous m’avez recueilli” […]. Ces mots sont extraits de ce qu’on appelle les œuvres de miséricorde décrites dans l’Évangile selon saint Matthieu, l’un des textes qui constitue le Nouveau Testament. » (Alain Korkos, Histoires d’enfants en 50 chefs-d’œuvre, éditions de La Martinière Jeunesse, 2013, p. 124.) Cet accord est absurde, car le Nouveau Testament est constitué de plusieurs écrits, dont les quatre évangiles. La mise au pluriel du verbe de la proposition relative s’impose.

Entre le 16 août et le 30 décembre 1957, Pablo Picasso s’isole dans son atelier pour « dialoguer » avec Les Ménines de Vélasquez, qu’il va analyser, décomposer, transformer… L’écrivain-éditeur Alain Serres nous décrit cette expérience : « Pour réinventer [sic] “ses” Ménines, Picasso revisite d’abord chacun des éléments qui compose le tableau de Vélasquez. Il défait, démolit, fracasse, mais tous les éléments essentiels demeurent debout ! » (Alain Serres, Et Picasso peint les enfants, éditions Rue du Monde, 2014, p. 29.)

Écrit et façonné de main de maître par Alain Serres, le livre est splendide, ne serait-ce qu’en raison des magnifiques reproductions qui s’y trouvent. Mais certaines des phrases qu’il contient auraient mérité une meilleure relecture : dans l’énoncé « réinventer “ses” Ménines », le préfixe - et le possessif sont redondants ; ensuite, ce sont plusieurs éléments qui peuvent composer un tableau : il est donc particulièrement maladroit de vouloir que « compose » soit au singulier.

« Gallimard est l’un des rares éditeurs de littérature à s’être, dans la première moitié du XXe siècle, engagé dans la bibliophilie et le seul à avoir poursuivi avec succès, dans la seconde moitié, les mutations qui ont fait évoluer la bibliophilie vers ce qu’on appelle le “livre d’art”. » (Michel Melot, « Le livre d’art chez Gallimard », dans Gallimard 1911-2011 : Lectures d’un catalogue ; les Entretiens de la Fondation des Treilles, éditions Gallimard, les Cahiers de la NRF, 2012, p. 273.) Passons sur : poursuivre des mutations qui font évoluer

Parmi les quinze exposés transcrits dans ce livre passionnant, plusieurs comportent des phrases lourdement formulées ou très mal relues. Pour ce qui est de la phrase que je cite, on se demande bien pourquoi « engagé » n’y est pas au pluriel, l’auteur ayant justement pris soin d’opposer « l’un des rares… » à « le seul ».

 

L’ignorance volontaire des professionnels a été constatée par Renaud Camus, qui écrit dans Vue d’œil, journal 2012 (éditions Fayard, 2013, p. 189) :

« J’étais étonné qu’il pût y avoir encore des correcteurs au Monde, étant donné l’état grammatical et stylistique du journal. Apparemment leur fonction consiste à ajouter des fautes d’orthographe aux textes qu’on leur envoie (sur demande de la rédaction). Ainsi, dans le texte que m’avait demandé Nicolas Weill, j’avais écrit : “Il [le parti de l'In-nocence] est attaché à la culture et à la civilisation françaises, qu’il estime compter parmi les plus précieuses qu’ait élaborées l’humanité.” Or la phrase, après correction rédactionnelle, est devenue : “Il est attaché à la culture et à la civilisation françaises, qu’il estime compter parmi les plus précieuses qu’ait élaboré l’humanité” (faute que, bien entendu, certains commentateurs se font un plaisir de m’attribuer…). »

Les simplificateurs ne préconisent même plus : « qu’ait élaborée » !… Nombre et genre : tout leur pèse, tout doit s’effacer.

Je croyais que les plus anciennes attestations de cette construction défectueuse figuraient dans Odile de Queneau et dans Les lépreuses de Montherlant, mais je viens d’en découvrir une ou deux autres, presque contemporaines de celle fournie par le texte des Lépreuses :

« Il lui semblait [= à Alice] que tout s’en allait avec Gilles. Elle eut dans les os un de ces frémissements terribles qui annonce la mort dans la vie d’un être. » (Pierre Drieu la Rochelle, Gilles ; éditions Gallimard, 1939, texte complété en 1942 ; dans Romans, récits, nouvelles, Bibliothèque de la Pléiade, 2012, p. 988.) Or le Folio de 1973 portait : « un de ces frémissements terribles qui annoncent la mort » (p. 241). Qui est responsable de la bourde affichée ainsi sur papier bible ?

Hélène Baty-Delalande, qui s’est chargée d’établir et d’annoter le texte de Gilles, affirme dans sa « Note sur le texte » (Romans, récits, nouvelles, p. 1741) : « Nous avons corrigé tacitement les fautes d’impression, ainsi que les classiques confusions entre “plutôt” et “plus tôt”, entre futur de l’indicatif et conditionnel présent […], des graphies fluctuantes […]. » L’éditrice a donc fort bien pu s’imaginer qu’en remplaçant « annoncent » par « annonce », elle corrigeait une « faute d’impression »… Avis aux possesseurs de l’originale de 1939 ou de l’édition corrigée de 1942 : Drieu avait-il réellement fait imprimer : « annonce » ?

Voici un autre passage de ce roman (on y constatera que, du point de vue de la syntaxe, il n’y a pas de différence entre les constructions un des… et aucun des…).

Le père de la jeune femme que Gilles Gambier courtise s’est suicidé. Appelé pour constater le décès, le médecin de l’état civil (ou médecin des morts) se présente au domicile du défunt : « Le médecin des morts était un homme mort. Aucun des sentiments qui aurait pu le rendre un peu dangereux ne semblait l’habiter : l’envie, la rancune, la méfiance, la haine. Il semblait absolu­ment ignorer l’existence d’un monde tragique. » (Drieu la Rochelle, Gilles, en Folio, p. 176, et dans Romans, récits, nouvelles, Bibliothèque de la Pléiade, p. 939.)

La page est superbe, mais comment une telle bourde a-t-elle pu s’y introduire et y demeurer ? Le texte est identique dans le Folio et dans le volume de la Pléiade : donc la faute est très vraisemblablement imputable à l’auteur. S’il a eu raison de mettre au singulier « semblait » (puisque le sujet de ce verbe est le pronom aucun), Drieu a eu tort de faire de même avec « aurait ».

Si elle avait été fidèle aux principes qu’elle énonce dans la « Note sur le texte » précédemment citée, Mme Baty-Delalande aurait dû corriger la désinence de ce verbe.

 

Ces erreurs sont loin de concerner seulement la graphie. Il suffit que le verbe employé dans la relative présente une différence de radical entre les formes du singulier et celles du pluriel, ou que ce verbe soit mis à un temps composé, pour que le non-accord vous heurte et la vue et l’ouïe. Les extraits qu’on va lire en donnent une claire illustration :

« Plus qu’un écrivain, Pierre Drieu La [sic] Rochelle est, pour certains, une région de l’âme. C’est une de ces machineries qui sert à mesurer le taux intime de mélancolie, les intermittences du cœur, les mouvements du sang, de l’enthousiasme, de la lâcheté. Et toujours, dou­teux personnage, il renseigne infailliblement. » (Jean-Paul Enthoven, Les enfants de Saturne, Grasset, 1996 ; Folio, p. 41.)

« Si Joyce n’a rien dit, c’est peut-être parce qu’il se savait face à l’homme dont il comptait anéantir le cliché que le monde était en train de construire à partir de son roman. Oui, peut-être qu’un des éléments qui a mené à la création d’Ulysse a été le désir de détruire À la recherche du temps perdu. » (Charles Dantzig, À propos des chefs-d’œuvre, éditions Grasset, 2013, p. 216.) Dantzig évoque ici le dîner de 1922 qui a réuni Proust et Joyce, au cours duquel ces deux monstres sacrés de la littérature du XXe siècle n’ont échangé que des banalités.

« [D]ans tous mes articles et dans certains chapitres de mes livres j’ai réclamé, on s’en est gaussé, qu’on fît une cérémonie lors de chaque octroi de naturalisation. Un des rares points sur lequel je suis d’accord avec Jean-Pierre Chevènement et Pierre Chaunu. Il faut donner la citoyenneté comme on donne la Légion d’honneur. » (Jean Daniel, La blessure, suivi de : Le temps qui vient ; éditions Grasset, 1992, p. 269 ; passage reproduit à l’identique, « en guise d’introduction », dans Comment peut-on être français ? Écrits 1971-2011 sur l’immigration, le racisme et l’identité nationale, par Jean Daniel, éditions les Belles Lettres, 2012, p. 14.)

Bernard Frank (déjà cité dans « Un de ces » : tour nécessaire ou simple tic verbal ?) avait écrit dans Géographie universelle, livre paru en 1953 : « Une des raisons qui m’a fait accorder de l’attention à l’Angleterre, c’est que ses habitants sont en majorité de confession protestante et j’ai eu longtemps une mythomanie du protestant. » On trouve cette phrase, telle quelle, dans Géographie universelle, suivi de : Israël (éditions Flammarion, 1989, p. 40). L’incorrection était donc entrée au moins dans l’usage oral…

 

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 22:52

Parlant des liens qui existaient entre Alexandre Dumas et Victor Hugo, Claude Schopp écrit, dans sa préface à Une amitié capitale : « Tous deux nés lorsque le siècle avait deux ans, tous deux fils de généraux : […]. » (Une amitié capitale : Correspondance Victor Hugo-Alexandre Dumas ; textes réunis, présentés, classés et annotés par Claude Schopp ; éditions les Portraits de la Bibliothèque, 2015, p. 5.) Vous aurez noté l’ellipse du verbe être, qui donne à la phrase un ton nerveux. Cela dit, en son deuxième segment, la phrase exige d’être améliorée. Mais que faire pour que ce passage devienne irréprochable ? Vaudrait-il mieux dire : « tous deux fils de général », « chacun fils de général » ?… Comment faire pour appliquer la règle française du singulier distributif, tout en évitant une équivoque ?

La meilleure solution serait la suivante : « l’un comme l’autre fils de général ». Cela simplifie le problème en amont, puisque la conjonction comme, intrinsèquement vouée à exprimer la comparaison, impose d’accorder le verbe être (sous-entendu) avec un seul des termes de la comparaison : « l’un comme l’autre est… ». Le nom fils, en position d’attribut du sujet, est alors au singulier. J’avais tenté d’expliquer cela dans Peut-on supprimer « comme » après le verbe « considérer » ? (2e partie) et dans Quelques mauvais usages de « comme » et d’« ainsi que ». La construction que je propose, « l’un comme l’autre fils (singulier) de général (singulier) », est bien plus claire que ne le serait celle employant le et : « l’un et l’autre fils (pluriel) de général (singulier) ». On aurait tort de vouloir assimiler le comme aux conjonctions de coordination.

Bref, le maniement du singulier distributif présentera toujours des difficultés !

 

La mise au pluriel du complément de nom se révèle particulièrement aberrante lorsqu’elle affecte un nom désignant une réalité ou une substance indénombrable, une collectivité non divisible, une notion abstraite ou encore un nom d’action.

La bourde ne s’explique pas toujours par une inadvertance d’écriture : songez à tous ces gens qui, au lieu de dire : travaux d’intérêt général, parlent de « travaux d’intérêts généraux ». Et puis, faites attention, vous verrez que nos contemporains écrivent désormais : une maison de retraite, des maisons « de retraites ».

Le coffret Akira Kurosawa-Films noirs, réalisé en 2003 par les éditions Wild Side Video (collection des Introuvables), contient, en plus des films eux-mêmes (Chien enragé, Les salauds dorment en paix et Entre le Ciel et l’Enfer), un bref documentaire consacré aux techniques qui ont été utilisées pour restaurer les images du film le plus ancien, Chien enragé, qui date de 1949. Les images de ce documentaire sont accompagnées d’un commentaire en voix off et le jeune récitant y fait entendre la phrase suivante : « Dans le cas de Chien enragé, plus de cent cinquante heures de travaux ont été nécessaires pour supprimer les dommages les plus gênants [subis par la pellicule au fil des ans]. »

Or, jusqu’à nouvel ordre, l’usage est de dire : « plus de cent cinquante heures de travail », – même lorsque cette somme générale englobe des tâches diverses.

« Foucault et Marx : quand on accole ces deux noms, c’est bien souvent pour les opposer. À Marx, théoricien du mouvement ouvrier, philosophe de la totalité, a répondu Foucault, penseur des singularités et des micro-pouvoirs, pourfendeur d’un marxisme essoufflé. / Lire Foucault avec Marx, comme nous y invite ce livre, c’est au contraire reconnaître leur complémentarité, c’est dégager les points de rencontres possibles. C’est suivre Foucault sur le versant de l’exploitation resté inexploré par le marxisme et réinscrire ses travaux dans une perspective globale, qui était celle de Marx. » (Jacques Bidet, Foucault avec Marx, éditions la Fabrique, 2014, quatrième de couverture.) Les points de rencontre possibles. Le nom rencontre est utilisé ici en tant que terme générique, en tant qu’abstrait.

« À quarante-neuf ans, reconnu comme un des plus grands commissaires-priseurs du monde, [Maurice Rheims] est aussi une personnalité de la vie mondaine parisienne. En 1959 commence sa carrière d’écrivain avec La Vie étrange des objets, sur les critères de valeurs qu’on applique, et qu’on a appliqué [sic], aux objets. » (Préface non signée, imprimée en italique, qui est placée en tête de La vie d’artiste, de Maurice Rheims, tome 2 : L’art ; éditions Grasset, réédition de 2015, collection Cahiers Rouges, p. 8.) Deux fautes en une phrase – et ce ne sont pas les seules que contient cet avant-propos ajouté par l’éditeur : quelques lignes plus bas, le même préfacier anonyme attribue à Maurice Rheims un roman intitulé « Les Fortunes d’Appolon (1990) ». Sic !

Olivier Houdart et Martine Rousseau citent dans leur article du 26 août 2011 la phrase suivante, qu’ils ont tirée du Monde (ce qui prouve qu’ils ne sont pas sectaires) : « 69 % des Français n’oublient pas d’envoyer une carte postale de leurs lieux de villégiatures estivales », et commentent : Même en supposant que lesdits Français ont forcément plusieurs lieux de villégiature, les deux derniers pluriels sont inutiles, voire erronés.

En effet : villégiature, dans ce contexte, renvoie à une notion indénombrable.

Tantôt ce pluriel intempestif crée simplement de la confusion, tantôt il contrevient gravement à la nécessaire distinction, voulue par l’esprit, entre ce qui est dénombrable et ce qui ne l’est pas.

 

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 11:47

Un pluriel intempestif s’est diffusé dans la langue, comme si nous étions en train de perdre le concept de singulier distributif (probablement sous l’influence de l’anglais, car c’est une langue où l’on dit couramment : These three men put their hats on). Voici quelques illustrations supplémentaires de ce phénomène.

« Les grandes photos sont des images qui existent par elles-mêmes, qui peuvent être parodiées, utilisées comme référence, sans qu’il y ait besoin de légende ou de rappeler le contexte de la prise de vue. Elles échappent à leurs histoires, dont la plupart devraient vous surprendre… » (David Groison & Pierangélique Schouler, L’histoire vraie des grandes photos, éditions Actes Sud Junior, 2014, p. 5.) On devrait dire : « Elles échappent à leur histoire », chaque photo n’ayant qu’une histoire. Mais alors il faut aussi corriger la suite : « dont la plupart devraient… » deviendra, par exemple : « et l’histoire de la plupart d’entre elles devrait vous surprendre ».

D’autre part, peut-on vraiment écrire que les grandes photos sont « utilisées comme référence(s) » ? Elles sont devenues une source d’allusions culturelles. Le mot référence n’est qu’un anglicisme lorsqu’il est employé pour désigner un document prestigieux ou une œuvre classique à quoi renvoie, de façon plus ou moins explicite, une autre œuvre ou un discours. Le portrait de la Joconde n’est pas une « référence ».

« Oui, il fallait que Berthet trouvât un nègre. […] Il ne faudrait pas un auteur trop connu, qui n’aurait pas de problèmes d’argent. Ceux-là ne sont pas forcément les meilleurs, d’une part. Et d’autre part, l’habitude du succès les désinhibe. Ils deviennent des grandes gueules avec des avis sur tout. » (Jérôme Leroy, L’ange gardien, éditions Gallimard, Série noire, 2014, p. 61.) Ils deviennent des grandes gueules avec un avis sur tout – ou ayant un avis sur tout.

 

Effet probable du phénomène que je viens d’évoquer : de plus en plus souvent, un nom qui figure en position de complément d’un autre nom se voit mis au pluriel lorsque celui-ci est déjà au pluriel. Or, dans nombre de cas, le sens aurait dû imposer qu’on mît le complément au singulier.

Martine Rousseau et Olivier Houdart, correcteurs du Monde.fr, ont évoqué dans un article de leur blog Langue sauce piquante, daté du 26 août 2011, cette mode déplorable. Ils ont constaté une tendance, que l’on pourrait qualifier de « pesante », à mettre automatiquement au pluriel les compléments de noms eux-mêmes au pluriel, sans se préoccuper du sens. Par exemple, une « tentative d’assassinat » donne au pluriel « des tentatives d’assassinat », sans qu’il soit nécessaire de mettre au pluriel « assassinat ».

Le mot assassinat désigne tantôt un acte singulier, tantôt une catégorie d’actes. On peut hésiter ici entre percevoir assassinat comme dénombrable ou comme indénombrable. L’exemple est bien choisi.

Jérôme Leroy parle dans son dernier roman d’une employée de banque qui est « chargée d’étudier les demandes de prêts ou d’inciter vivement les clients à régulariser leurs découverts » (J. Leroy, L’ange gardien, Série noire, p. 65). Certes il y a d’innombrables demandes, mais on ne demande qu’un prêt à la fois. C’est encore un cas de singulier distributif, – mais où la fonction distributive est exercée par le complément du nom.

Revenons à L’histoire vraie des grandes photos. Les auteurs y décrivent les circonstances dans lesquelles Willy Ronis a pris une photographie qui deviendrait mondialement célèbre sous le titre de Grèves aux usines Javel-Citroën (1938) :

« Le magazine Regards veut publier un reportage sur les grèves qui viennent de démarrer dans l’usine automobile Citroën, quai de Javel, à Paris. Pour cet hebdomadaire communiste, il est bien naturel de raconter les luttes ouvrières. Mais cette grève-ci n’est pas des plus simples à comprendre. Certains grévistes veulent des augmentations de salaires, d’autres une nouvelle convention collective, quand les derniers veulent que le gouvernement français aide les républicains espagnols, engagés contre le fascisme. » (L’histoire vraie des grandes photos, p. 32.)

En français, on écrit normalement : « Certains grévistes veulent une augmentation de salaire », ou « de leur salaire ». Augmentation : singulier distributif. D’autre part, les salaires versés aux ouvriers peuvent être de différents montants, mais chaque ouvrier ne reçoit qu’un salaire.

« [S]i Eastwood ne s’est pas laissé enfermer dans la peau d’Harry ou de “l’homme sans nom”, il a décliné autour de ces personnages d’autres modèles<,> qui ne furent pas de pures copies. Ses compositions de flics dans L’Épreuve de force, La Relève, La Corde raide, Dans la ligne de mire ou Créance de sang n’ont la plupart du temps que peu à voir avec Dirty Harry tandis que les cow-boys ou les justiciers des Proies, de Pale Rider ou d’Impitoyable sont bien loin du héros de la trilogie de Leone. » (Christian Authier, À l’est d’Eastwood, éditions de la Table Ronde, 2003, p. 14.) En bonne syntaxe française : « Ses compositions de flic… » Un seul flic par film. De même, Authier aurait pu dire : « le cow-boy ou le justicier des Proies, de Pale Rider ou d’Impitoyable est bien loin… ». Il faudrait aussi ajouter une virgule dans la première de ces phrases.

« Nos élites, qui viennent pour la plupart de la haute fonction publique, et ont bénéficié des avantages du système mandarinal à la française, veulent impo­ser le modèle anglo-saxon du “struggle for life” à toute la population, sauf à eux-mêmes. C’est protestantisme égalitaire pour la piétaille, mais pompe vaticane pour les cardinaux. Pourquoi les intérêts catégoriels des chauffeurs de taxis seraient-ils illégitimes et les intérêts catégoriels des patrons de banques intouchables ? » (Éric Zemmour, Le suicide français, éditions Albin Michel, 2014, p. 521.) C’est bien observé et parfaitement exprimé, mais il aurait fallu écrire : « chauffeurs de taxi » et « patrons de banque ». Ce dernier choix aide aussi le lecteur à saisir que l’adjectif intouchables se rapporte à patrons et non à banques.

Certes, personne n’a jamais parlé des « directeurs de journal ». On dit : les directeurs de journaux, même lorsqu’on sait que chacun d’entre eux dirige un seul journal. Sur ce point, le bon usage est flottant. Il semble que dans ce cas précis, la différence entre journal et journaux étant fort audible, on cherche à faire entendre qu’il y a sans cesse beaucoup de journaux disponibles sur le marché.

Avec ses pluriels, Christian Authier a sans doute voulu souligner le fait que, dans les films qu’il cite (L’Épreuve de force, La Corde raide, etc.), et qui n’ont pas tous été mis en scène par Eastwood, ce dernier, en tant qu’acteur, joue à chaque fois un flic différent, doté d'une personnalité propre ; ou le fait que l’homme incarné par Eastwood dans Pale Rider et celui qu’il incarne dans Impitoyable sont aussi des personnages différents. Néanmoins, en règle générale, les pluriels en cascade sont à éviter, et je crois qu’il vaut mieux expliciter sa pensée par une autre tournure, fût-elle moins économique.

 

« Le site de Kourou est protégé par des gendarmes et des militaires. Le SA [= service action de la DGSE] dispose sur place d’une présence [sic] minimale, parce qu’il est chargé de la sécurisation des tirs des fusées. » (Vincent Nouzille, Les tueurs de la République, Fayard, 2015, p. 154.) S’il procède à une dizaine de lancements par an, le centre spatial de Kourou n’envoie dans l’espace qu’une fusée à la fois… Proposons donc : « parce qu’il est chargé de sécuriser les tirs de fusée » ; le recours à un verbe à l’infinitif permettant d’éviter l’enchaînement de plusieurs compléments de nom. Certes, on ne saurait juger fautive la construction suivante : « chargé de la sécurisation des tirs de fusée ».

Serait-il grammaticalement licite de dire : « sécuriser le tir des fusées », « la sécurisation du tir des fusées » ? Il me semble que ces énoncés laissent entendre que plusieurs fusées sont lancées en même temps. Ces constructions produiraient une amphibologie.

 

Dans un beau roman pour enfants, qui est publié par un grand éditeur parisien, j’ai trouvé l’indication que voici : « 10 pence : environ 12 centimes d’euros. » (Extrait de Babe le cochon devenu berger, Gallimard, collection Folio Junior ; roman de Dick King-Smith, traduit de l’anglais par Anne Blanchet, 1986 ; note de bas de page qui figure dans la réédition de 2007, p. 12.) Bien évidemment il faut écrire : « 12 centimes d’euro ».

S’il y a plusieurs centimes d’euro, au singulier, c’est qu’il y a plusieurs fois la centième partie d’un euro.

La faute est grossière, mais elle s’est répandue si vite que beaucoup de gens pensent qu’elle correspond à l’apparition d’une nouvelle règle de grammaire.

 

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