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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 08:54

Devant les noms de personnes, il est de règle que la préposition à ou de et l’article défini masculin ne se fondent pas en un seul mot : « Cyrano parle à Le Bret », « Promenez-vous dans les jardins de Le Nôtre ». En revanche, devant un nom de lieu ou un nom de journal, la fusion est obligatoire : « un article du Monde », « des vacances au Pyla » ; ou encore : « les ruelles du vieux Mans » (et non pas : du vieux Le Mans).

Or, en prenant le train, j’ai beaucoup entendu les contrôleurs de la SNCF – était-ce pour mieux se faire entendre ? – annoncer aux passagers qu’ils allaient entrer en gare « de Le Mans », et ajouter parfois : « Nous arrivons à Le Mans, terminus du train ! » Et quand, sur Internet, une petite annonce nous propose de prendre des cours de français dans la même ville du Mans, voici comment la chose nous est présentée : « Des lacunes en orthographe, en grammaire, en conjugaison ? Vous souhaitez apprendre le français et prendre des cours de français à Le Mans ? » Ce que nous aimerions savoir, c’est si la langue enseignée par un professeur particulier qui propose ses services en des termes pareils est encore du français.

Mais je pensais ne jamais devoir rencontrer le même phénomène dans un livre, ailleurs que dans les paroles d’un personnage. Je me trompais.

Dans L’aveu de toi à moi, Morgan Sportès écrit d’abord correctement : « Fâché avec sa femme, Ania, qui continuait cependant de lui envoyer un petit pécule, il partit vivre alors dans une HLM, au Vigan (tout près, donc), avec une ouvrière, jeune mais sans culture. » (L’aveu de toi à moi, Fayard, 2010, p. 188.)

Hélas, plus loin, le même écrivain donne à imprimer ceci : « Ses derniers jours, il les avait passés dans un village proche de Le Vigan où il vivait avec cette ouvrière dont il avait eu un second enfant. » (Ibid., p.331.)

Encore quelques pages plus loin, le narrateur du même roman évoque… « cette tapisserie made in Hong-kong, représentant un dromadaire et des pyramides, que j’avais déjà vue, longtemps auparavant, dans la HLM de Le Vigan où il avait habité ». (Ibid., p. 335.)

Pitié !

 

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Published by Forator
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Théophraste Longuet 26/08/2010 16:15


Cher Forator,
t'ai-je déjà raconté cette anecdote rendue troublante par l'origine alsacienne des intéressés ?

La mère d'un ami à qui je demandais au téléphone si son fils, travaillant dans la Sarthe, était rentré pour le week-end :
"Non, pas encore, il est encore à Le Mans".

Parfois, ils ont encore l'Alsace et la Lorraine.

Par ailleurs, coïncidence amusante, je pensai justement à toi quelques jours avant la publication de cet article alors que dans le train j'entendis "Nous allons entrer en gare de Le Mans".


Baronne Samedi 13/08/2010 12:45


Et pourtant, je vois aussi l'arrivée en force de "gentillement", qui sonne curieusement vieillot...


Baronne Samedi 11/08/2010 20:43


De mon côté, je regrette vivement de trouver des "si il" un peu partout, alors qu'a priori, la paresse conduit à l'élision, non ?


Forator 13/08/2010 08:10



C’est un mystère pour moi aussi, et je n’en ai pas encore trouvé l’explication. Je rapprocherai cette
bizarrerie du fait que les mêmes personnes tantôt disent : « Coupons ce gâteau en sisse parts » (= en six parts), et tantôt ne font pas de liaison avec le mot
euros : « Prête-moi donc si’
euros » (= six euros). Il n’y a aucune logique là-dedans, sinon la volonté, plus ou moins consciente, de parler autrement que dans les vieux films...