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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 17:33

Je viens de lire Pensées d’un philosophe sous Prozac (éditions Milan, 2002), un essai bref et percutant de Frédéric Schiffter. Je recopie à votre intention quelques extraits de son cinquième chapitre, parce qu’ils prolongent et enrichissent certaines idées développées dans ce blog. Le chapitre s’intitule : « Pédagogie de la misère, misère de la pédagogie ».

 

« Pour n’avoir affaire qu’à des gens en fin de parcours dans l’enseignement secondaire, je crois être bien placé pour témoigner de ce déficit d’instruction élémentaire si fréquent chez le lycéen moyen. Son incapacité à rédiger une dissertation en bon français en est la plus criante des preuves. La faute d’orthographe et de grammaire, l’imprécision du vocabulaire, l’oubli des différents registres du langage, sont les mauvais génies qui animent la copie courante […]. Encore une fois, je n’évoque pas le cas du “jeune” issu de l’immigration, mais du “jeune” de souche française, qui non seulement baragouine sa propre langue maternelle comme s’il s’agissait d’une langue étrangère, mais qui, de plus, parce qu’il ne peut pas la comprendre, ne veut plus l’entendre parler correctement – à tel point que lorsqu’on demande à cet ami professeur de lettres quelle est sa discipline, il répond désormais : “J’enseigne le F.L.M., français langue morte.” »

 

« Considéré naguère comme la voie royale menant au savoir, voilà le livre pour cela même rabaissé au statut de simple “support écrit” à égalité de prestige avec les autres “supports” – audio-visuels, informatiques – ; et dès lors la lecture, qui implique – les sociologues s’en souviennent peut-être – solitude, silence, effort personnel de compréhension, devient suspecte d’élitisme et d’incivisme. Un lycéen qui s’élève au-dessus de son âge par le plaisir intelligent de la lecture, se voit accusé par ses congénères, préférant barboter dans la jubilation cucul de la fête, de vouloir s’élever au-dessus d’eux. Mais qu’il ne soit pas un vrai jeune, cela heurte aussi ses professeurs. Pourquoi s’isoler pour lire quand tout le moderne attirail de la communication permet “un travail en groupe” ? Pourquoi se cultiver, quand on peut s’informer de connaissances utiles pour un futur emploi, et cela dans une atmosphère agréable et détendue ? Par nature individuelle, la culture par le livre singularise ; s’adressant à tous, l’information par l’écran socialise. L’important, c’est de participer. »

 

Et Schiffter de stigmatiser, à juste titre, « la déconcertante souplesse d’échine avec laquelle les maîtres se plient au sabotage technocratique de leur enseignement. On savait déjà qu’ils avaient renoncé à leurs titres d’instituteurs et de professeurs en se laissant désigner, et en se désignant eux-mêmes, comme des enseignants – ayant oublié qu’un instituteur est ce maître qui fait tenir debout l’esprit d’un enfant, et le professeur ce maître qui transmet son savoir à un élève afin qu’il puisse, éventuellement, à son tour, le transmettre ».

 

« [L’instruction est] le moyen contre nature par lequel on fait goûter [les hommes] au savoir et cela dans le but qu’ils en éprouvent par la suite le manque et, donc, le désir.

» Mais l’école n’existe pas seulement parce que les hommes, surtout quand ils sont très jeunes, ne désirent rien moins que le savoir, mais aussi parce qu’elle est un lieu où ils se civilisent, c’est-à-dire où ils apprennent la coexistence pacifique et égalitaire des névroses. »

 

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Published by Forator
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commentaires

Forator se relisant 18/04/2010 18:18


Aïe ! « les sociologues s’en souviennent peut-être »... Et le trait d'union vient se placer en début de ligne. Quel informaticien charitable se lèvera pour corriger cette lacune de
programmation ?