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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 09:30

Dans un texte destiné à l’impression, tout prosateur veillait à prévenir les risques d’amphibologie. Il veillait aussi à ce que les phrases aient chacune une sorte d’autonomie. Pas seulement pour qu’elles soient citées dans les dictionnaires de l’avenir, mais par souci légitime de la solidité du style. Celle-ci épargne au lecteur la fatigue de devoir s’interrompre, toutes les trois lignes, pour tenter de comprendre une phrase mal bâtie ou pour la refaire mentalement.

Un style robuste résiste aux relectures, et amène la pensée à ne ralentir que là où l’exige la présence d’une difficulté de raisonnement ou celle d’une image poétique. Certes, on ne saurait interdire au véritable artiste la liberté d’écrire quelques phrases volontairement tordues, pour le plaisir d’en écrire, ou alors pour obliger le lecteur à sortir de son hypnose, l’hypnose dans laquelle le texte l’avait plongé, et à relire tout un paragraphe, méthode classique de « manipulation » littéraire. Mais la littérature actuelle regorge de phrases tordues indépendamment de toute intention argumentative ou esthétique et comme à l’insu de leurs auteurs.

La lecture de l’extrait suivant, bel exemple de style tarabiscoté, fait suer à grosses gouttes : « [Angeline] se fit sans doute des amies, mais pas de ces “meilleures amies” dont toute fille finit par se doter à la force de ses atouts et en assouvissement de ses nécessités prépubères. Des amies périphériques, satellisée au hasard des jeux et des rondes et des vents en bourrasques ou sagement coulis. » (Pierre Pelot, L’Ange étrange et Marie McDo, Fayard, 2010, p. 216.)

Les amies d’Angeline sont « périphériques », dit le texte. Mais, alors, qui est satellisé ? L’accord de l’adjectif (« satellisée ») donne à croire que c’est la petite Angeline. Rendue à la grammaticalité, la phrase devrait être plus explicite : « Des amies périphériques, qu’elle se faisait en se laissant satelliser au hasard des jeux et des rondes »… Pourtant, si Angeline est satellisée, alors Angeline devient elle aussi « périphérique », puisque située dans l’orbite de quelqu’un d’autre. Dans ce cas, qui tourne autour de qui ? Il est plus simple de considérer que la phrase a été défigurée par une coquille typographique : « satellisée » serait mis pour le pluriel « satellisées ». Donc Angeline aurait eu quelques amies, qui se seraient satellisées autour d’elle au moment des rondes et des jeux et au hasard des vents.

Malgré ces conjectures, nous peinons à réduire l’obscurité du texte.

Il me paraît évident que les éditeurs ont cessé de lire de près les œuvres qu’ils publient.

 

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Published by Forator
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