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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 03:18

« Igor devint taxi pour le compte de Victor qui avait une notion de l’honnêteté élastique et qui ne s’appliquait pas à ses clients, surtout les étrangers. » (Jean-Michel Guenassia, Le club des Incorrigibles Optimistes, éditions Albin Michel, 2009 ; réédité dans le Livre de Poche, p. 164.) L’épisode se situe en 1954 ou en 1955. Victor Volodine, propriétaire d’un taxi, à Paris, ne se montre jamais très honnête envers ses clients, puisque tous les moyens lui sont bons pour prolonger la durée des trajets et pour garder ses clients à bord le plus longtemps possible, pendant que le compteur tourne, en les captivant par ses fabulations.

Aucun problème de préposition ici : on ne répète pas le à dans l’incidente (ou alors on répète aussi le pas : « surtout pas aux étrangers »). En revanche, nous nous trouvons devant un problème de construction : le lecteur, lisant « et qui », va spontanément coordonner les deux subordonnées relatives l’une à l’autre, alors que l’auteur voyait en la seconde une épithète, coordonnée en réalité à l’adjectif élastique. L’auteur aurait pu écarter le risque de mésinterprétation en remplaçant le premier qui par le pronom lequel (à faire précéder d’une virgule).

Mais quel est au juste l’antécédent du second qui ? C’est plutôt honnêteté que notion ; de sorte que nous ne pouvons pas considérer la proposition relative et l’adjectif qualificatif comme étant coordonnés. Il faudrait écrire : « Igor devint taxi pour le compte de Victor, qui avait une notion de l’honnêteté élastique honnêteté qui ne s’appliquait pas à ses clients ».

 

« Victor lui apprit les multiples astuces pour arrondir son mois qui lui avaient permis de se payer cette maison blanche dont il était si fier sur les hauteurs de L’Haÿ-les-Roses d’où il voyait Paris, la tour Eiffel et le Sacré-Cœur. » (Le club des Incorrigibles Optimistes, p. 164-165.)

Trois subordonnées relatives s’emboîtent l’une dans l’autre. Les deux premières sont déterminatives, la dernière est plutôt « explicative », ou alors coordonnée à la précédente – ce qui deviendrait plus évident par l’ajout d’une virgule.

Remarque : dans « les multiples astuces pour arrondir son mois qui lui avaient permis de se payer cette maison blanche », l’article défini les est mis en corrélation avec le relatif qui ; il constitue l’amorce de la relative déterminative. Cet article n’est donc pas corrélé avec le groupe infinitif prépositionnel « pour arrondir » (comme il peut l’être dans la langue familière : Je connais les trucs pour avoir moins froid). Si la phrase s’arrêtait après « son mois », c’est l’article indéfini qui devrait s’imposer : « Victor lui apprit de multiples astuces pour arrondir son mois ».

Cela dit, bien que la syntaxe y soit parfois relâchée, et que ses dialogues, censés avoir lieu dans les années 1950 et 1960, comportent quelques tournures un peu trop récentes, Le club des Incorrigibles Optimistes est un roman magnifique.

 

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Published by Forator
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commentaires

LMMRM 26/08/2012 12:44

Ouh là ! « Igor devint taxi pour le compte de Victor qui avait une notion de l’honnêteté élastique et qui ne s’appliquait pas à ses clients, surtout les étrangers » signifierait donc « « Igor
devint taxi pour le compte de Victor qui avait une notion de l’honnêteté élastique, surtout envers ses clients étrangers » ?
Le cas est grave, il y aurait un contresens dans la phrase d’origine : « qui ne s’appliquait pas » signifierait « qui s’appliquait » ?
Me fais-je comprendre ? Est-ce plus clair à présent ?
Quoi qu’il en soit, une fois de plus il y a à la base une maladresse de vocabulaire qui vient compliquer du compliqué : à la place de « notion », j’aurais bien vu « principes », car que signifie «
appliquer une notion » ? En revanche on « applique des principes ».
J’ai l’impression de marcher sur un nuage, et je me demande : quand vais-je tomber ?

Forator 26/08/2012 20:06



Cher ami, nous devrions coopérer plus souvent !


 



LMMRM 26/08/2012 11:20

« Igor devint taxi pour le compte de Victor qui avait une notion de l’honnêteté élastique et qui ne s’appliquait pas à ses clients, surtout les étrangers. »

Je n’ai pas compris cette phrase.
Ne connaissant pas le contexte (et sans vouloir stigmatiser les chauffeurs de taxi), je l’aurais attendue comme ceci : « Igor devint taxi pour le compte de Victor qui avait une notion de
l’honnêteté élastique et qui ne s’appliquait pas QU’à ses clients, surtout les étrangers. »
(J’ai donc ajouté un « QU’».)

Forator 26/08/2012 11:29



Voyez si c’est plus clair à présent.