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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 13:00

Jusqu’à une date récente, la notion de genre féminin était un terme de grammaire.

« Hélas ! Il [= le discret Joubert] n’avait pas avec les femmes les succès de Constant, et moins encore ceux de son ami Chateaubriand. Aussi modeste et réservé que le vicomte François René [sic] avait de la superbe, et Constant du charme, ce Joubert était aussi malheureux avec le genre féminin que les deux autres étaient chanceux. » (François Bott, Éloge du contraire, éditions du Rocher, 2011, p. 57.) Qu’est-ce qui peut justifier dans cette page le recours à une notion empruntée au langage de la sociologie la plus militante ?

Voici un extrait de la fiche signalétique de Nestor Burma dans l’encyclopédie en ligne Wikipédia : « Personnage de fiction / Origine : français / Genre : mâle / Activité(s) : détective privé ». Dans la fiche de Madame de Mortsauf, nous lisons : « Personnage de fiction apparaissant dans La Comédie humaine / Alias [sic] : comtesse de Mortsauf / Origine : Blanche-Henriette de Lenoncourt / Genre : femme ».

Entre parenthèses, de quel droit décrétons-nous que Nestor Burma ou Blanche-Henriette de Mortsauf sont de « genre » mâle (sic) ou de « genre » femme ? Aux yeux d’un partisan des gender studies, un tel renseignement ne devrait pas avoir la moindre pertinence. Si le sexe, fût-ce d’un personnage de fiction, est une donnée objective, le genre d’un individu résulte d’une perception subjective, puisqu’il se définit comme le sentiment d’avoir une identité féminine ou masculine (ou autre, nous dit-on).

Un anglicisme est venu au secours du moralement correct.

Encore quelques mois, et le mot sexe, jugé malsonnant, ne sera gardé que comme synonyme de sexualité.

Il est remarquable que la sociologue Irène Théry ose encore intituler ses livres : La distinction de sexe : une nouvelle approche de l’égalité (éditions Odile Jacob), ou Qu’est-ce que la distinction de sexe ? (éditions Fabert).

 

La vérité m’oblige à citer un texte paru en 1979. Une vieille femme, Marie-Marthe Fluck, a fait entrer chez elle deux hommes décidés à la persécuter, dont l’un est officier de police, l’autre journaliste et homosexuel. Ces deux pervers exigent qu’elle se déshabille devant eux : « [Mme Fluck] se rend très bien compte que le jeune journaliste n’aime pas les femmes. C’est de tout le genre féminin qu’il va se gausser si elle cède. / C’est LA femme que ses ricanements vont flétrir. Elle ne se sent pas le courage de déshonorer tout un genre. Alors elle dit non, et encore non, de la voix, de la tête, de tout son être […]. » (San-Antonio, Y a-t-il un Français dans la salle ?, éditions Fleuve Noir, 1979, p. 253.)

L’existence de ce texte semble frapper mon raisonnement de nullité.

Néanmoins je pense qu’il faut voir dans ce choix du mot genre une impropriété volontaire, comme aimait à en commettre Frédéric Dard. Écrit à la fin des années 1970, Y a-t-il un Français dans la salle ? est un curieux roman, tantôt rabelaisien comme un San-Antonio, tantôt dur comme un Frédéric Dard, mais ni très comique ni vraiment sérieux. L’écrivain n’a pu s’empêcher d’y laisser régner l’esprit de dérision, de sorte que le caractère dramatique des situations n’atteint qu’à peine le lecteur. Qu’il ait eu envie de détourner de son sens traditionnel l’expression genre féminin et d’en tirer une formule plaisante n’aurait rien d’étonnant.

 

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Published by Forator
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Ricoxy 04/02/2013 23:18


Si l'on prend le problème par la racine, genre vient du latin genere ou gignere : engendrer, donner naissance. Le mot sexe, lui, dériverait de seco, secatum, secare : couper, séparer.


 


Or, il se produit un renversement de sens, genre signifiant maintenant davantage attitude psycho-sexuelle, et n'a donc plus rien à voir avec le fait d'engendrer. Quant au mot sexe, qui désigne
les organes sexuels qui différencient fortement l'homme de la femme, il signifie surtout de nos jours relations sexuelles (« faire le sexe »).


 


Le vocabulaire suit l'ordre social, qui entend confondre les valeurs ...