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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 02:44

Voici une modeste comparaison. Est-ce encore du français ?

« Ils parlent de lui comme l’envoyé de Dieu. » (Entendu à la radio.) Mais non : ils parlent de lui comme de l’envoyé de Dieu. Après la conjonction comme, il est possible de faire l’ellipse du verbe et de son sujet (« Ils parlent de lui comme ils parlent – ou parleraient – de l’envoyé de Dieu »), mais pas de la préposition. Les exemples suivants, empruntés à des auteurs classiques, le prouvent :

« [T]ous les pêcheurs parlaient de lui comme de l’homme le plus intrépide à la mer qu’on eût jamais vu. » (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, tome 2.) « Jusqu’à ce jour, elle l’avait traité en gamin, ne prenant pas ses déclarations au sérieux, s’amusant de lui comme d’un petit homme sans conséquence. » (Zola, Nana, 1880, chapitre VI.) « Tant qu’il [= le peuple] reste dans cet état d’ignorance première, de minorité morale et intellectuelle, on peut dire de lui comme de l’enfant : Cet âge est sans pitié. » (Hugo, Notre-Dame de Paris, 1832, livre VI, chapitre IV.)

« Une des caractéristiques des dictateurs en tous genres, tels que décrits dans les comédies comme les bandes dessinées satiriques, c’est leur humour à géométrie variable : autant ils rient de bon cœur quand leurs amis sont victimes de plaisanteries, autant ils perdent immédiatement leur magnanimité lorsqu’ils sont eux-mêmes le dindon de la farce. » (Hugues Dayez, dans la nouvelle édition du Schtroumpfissime, par Peyo, commenté planche par planche ; éditions Dupuis, 2011, p. 34.)

La préposition dans aurait dû être répétée après la conjonction comme. Sinon, ledit comme se met à signifier : « que sont par exemple… ». Quand nous lisons cette phrase d’Hugues Dayez, nous comprenons d’abord : « Une des caractéristiques des dictateurs en tous genres, tels que décrits dans les comédies que sont par exemple les bandes dessinées satiriques… », ce qui ne veut rien dire.

 

D’autre part, sauf après autre (voir ci-dessous), la préposition doit se répéter après la conjonction que dans une comparaison.

« Avec l’âge on se rend compte qu’il est souvent plus aisé de parler avec un homme de droite qu’un homme de gauche, que le premier peut être plus ouvert à la discussion que le second, qui finit bien souvent par employer un argument d’autorité. » (Lu sur le site Café du commerce, dans le billet du 2 avril 2011.) Plus aisé de parler avec un homme de droite qu’avec un homme de gauche.

Voici une phrase imprimée sur la quatrième de couverture d’un essai d’Émilie Hache, intitulé Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique (éditions la Découverte, 2011) :

« [Ces nouvelles propositions] ne peuvent pas être la simple déclinaison de principes universels fondés a priori, mais elles doivent s’appuyer sur les multiples expérimentations en cours, engagées aussi bien par des scientifiques que des éleveurs, des économistes, des patients ou encore des activistes se mêlant souvent de ce qui n’est pas censé les regarder. »

Un par supplémentaire est exigé au moins devant « des éleveurs ».

 

Cas douteux ?

« [C]’était bien la première fois qu’il s’intéressait à autre chose qu’un fossile vieux d’au moins cent mille ans » (Romain Gary, Les racines du ciel, Gallimard, 1956 ; « Texte définitif », précédé d’une préface, 1980 ; collection Folio, p. 61). Faut-il ou non écrire : « à autre chose qu’à un fossile » ?

Dans l’article « Autre » du Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne (troisième édition, Duculot, 1994), Joseph Hanse affirme que la répétition de la préposition après autre ou autre chose suivis d’un que « amené par eux » se fait habituellement mais n’est jamais obligatoire. Les exemples suivants le confirment.

Un exemple de Balzac, sans la répétition :

« [Un industriel] s’avisa d’imaginer qu’une bûche pouvait servir à une autre chose que faire des cendres et des allumettes, et il en fit des chapeaux à l’usage des deux sexes. » (Balzac, Œuvres diverses, « Fantaisie », 1831.)

Exemples de la répétition :

« [L]a lune fut toujours la confidente de ceux qui pensent à autre chose qu’à gagner de l’argent. » (Alain, Saisons de l’esprit, 1935 ; reprise d’un Propos de 1933, intitulé « Astrologie »).

« Jusqu’à midi, ces soins de ménage la tenaient sur les jambes, active et muette, sans lui laisser le temps de songer à autre chose qu’aux toiles d'araignée qui pendaient du plafond et qu’à la graisse qui salissait les assiettes. » (Émile Zola, Thérèse Raquin, chapitre 24.)

« Sans savoir comment, il aurait voulu consacrer sa chère indépendance à autre chose qu’à ses outils et ses cadres en bois, se confronter à un matériau plus humain » (Tonino Benacquista, Quelqu’un d’autre, éditions Gallimard, collection NRF, 2002 ; collection Folio, p. 42). On pouvait aussi répéter la préposition à, écrire par conséquent : « qu’à ses outils et à ses cadres en bois » ; ou l’ôter devant « ses outils » et mettre : « à autre chose que ses outils et ses cadres en bois ».

 

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Published by Forator
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