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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 07:44

« C’était l’époque, juste après 1968, où le groupe “Makhno”, à Rennes, est le seul satellite qu’admet de loin le groupe parisien de l’Internationale Situationniste – “Faites un tour de piste et après on verra”, avait dit Guy Debord à l’un d’entre nous, plus âgé que moi qui, tout jeunot et venant de claquer la porte familiale, sans sou ni toit, ne faisait que suivre. » (Jean-Philippe Domecq, Exercices autobiographiques, deuxième chapitre : « La période des lucidogènes, brigandage et gain de temps – dialogue avec Cécile Guilbert » ; éditions la Bibliothèque, collection Les portraits de la Bibliothèque, 2017, p. 20.)

Le verbe est à la troisième personne, comme si l’antécédent du pronom relatif était « l’un d’entre nous ». La construction générale de la phrase n’interdit pas cette interprétation mais incite plutôt à considérer que le qui sujet de « faisait » a pour antécédent le pronom moi.

Il aurait été utile d’au moins dissiper l’équivoque. On pouvait choisir entre deux formulations correctes. L’une eût été : « … avait dit Guy Debord à l’un d’entre nous, plus âgé que moi. Celui-ci, tout jeunot et venant de claquer la porte familiale, sans sou ni toit, ne faisait que suivre. » Et voici l’autre : « … avait dit Guy Debord à l’un d’entre nous, plus âgé que moi qui, tout jeunot et venant de claquer la porte familiale, sans sou ni toit, ne faisais que suivre. »

C’est évidemment la seconde qui offre le sens le plus cohérent. L’interprétation est confirmée par cette phrase de la page 24 : « Bref, […] j’errais, étudiant sans le sou ni toit [sic] après avoir quitté la famille – note qu’on pouvait survivre ainsi à l’époque, la solidarité allait de soi, la liberté était ouverte dans les relations, la société était à l’abondance. »

L’éditeur récidive à la page 51 : « Cécile : – […] Tu parles pourtant de deux à trois trips par semaine durant des mois ; ce n’est pas rien comme puissance de propulsion et donc comme risque [sic] de “sortie de route”, toi qui est féru de course automobile. »

Il ne viendrait à l’idée de personne de dire, au pluriel : « vous qui sont férus » !

La plupart des textes qui composent ce volume sont des entretiens transcrits (vraisemblablement oraux), mais ils sont imprimés sur un joli papier, en cahiers cousus sous une couverture élégante. Le livre est fort agréable à tenir. La moindre des choses aurait été de demander à ses auteurs d’en faire une relecture attentive.

 

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Published by Forator
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