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Je pense que la tâche de la prochaine génération d’écrivains, en face de la plus terrible menace qu’ait connue la littérature française, va être d’y réintroduire… la syntaxe.

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 11:46

Un certain nombre de mots sont aujourd’hui très mal prononcés, bien qu’ils relèvent d’un niveau de langue soutenu :

- une genèse est devenue « génèse » ;

- un pèlerinage est devenu « pélérinage » ;

- le verbe rehausser est devenu « réhausser » ;

- une vilenie est devenue une « vilénie » ;

- un coreligionnaire est devenu un « coréligionnaire » ;

- un ou une galeriste (propriétaire d’une galerie d’art) est devenue « galériste » ;

- j’ai même entendu un journaliste dire que le ministère de l’Éducation nationale s’était rendu coupable, dans telle affaire, d’« un aveuglément excessif »…

Or, si le e non accentué se prononce toujours dans rehausser (« reu- »), il est normalement muet dans pèlerinage, vilenie et galeriste. On a le choix de le prononcer ou non dans genèse ; c’est alors un e caduc (ou e facultatif).

Mais voilà que j’entends prononcer « atrocément » (pour atrocement), et même « réchigner » (pour rechigner).

Dans Le guignolo, film de Georges Lautner sorti en 1980, Jean-Paul Belmondo déclare qu’il n’est pas voleur mais marchand de tableaux, et précise en dressant l’index : « Un marchand de tableaux est un voleur inscrit au régiste [sic] du commerce. » (À la soixante-quinzième minute.) Depuis le début des années 2000, la prononciation « régistre » est devenue très courante. Du coup, le verbe « enrégistrer » est aussi en train d’entrer dans la langue.

Indifférents à ces horreurs, nos linguistes professionnels prennent la parole dans les médias pour expliquer que le vieil accent aigu du deuxième e d’événement doit être remplacé par un accent grave, alors que ce changement de détail est sans importance et sans conséquence.

Quant au nom de Maurice Grevisse, le célèbre auteur du Bon usage, de savants universitaires en sont arrivés à le prononcer « Grévisse ». Jean Dutourd lui-même, à la page 145 d’À la recherche du français perdu (Plon, 1999), écrit : « Grévisse dénombre cent quatre vingt-cinq mots commençant par un h aspiré, parmi lesquels hameau, hargneux, harasser, hublot, hussard. » Sur la même ligne de texte une autre faute est commise : l’oubli du trait d’union qu’il faut entre quatre et vingt.

Cela dit, Dutourd ignorait-il vraiment la bonne graphie et la bonne prononciation de ce nom propre ? La version primitive de sa phrase (publiée dans un quotidien : on peut lire sur Internet la page où figure le petit encadré signé Dutourd, mais ni le nom du journal ni la date de parution n’apparaissent) ne comportait aucune des deux fautes sus-signalées.

Enfin bref : halte au massacre.

 

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Published by Forator
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Gildas 16/05/2016 17:44

Bonjour.
Alors qu'au Moyen Âge il était stable et systématiquement prononcé, il semble en effet qu'on rechigne de plus en plus à prononcer tel quel le "e" "muet".
Je crois qu'en milieu de mot on ne le prononce plus obligatoirement qu'à la suite de deux sons consonnes différents (deux consonnes qui se prononcent séparément) : "justement", "risquera", " (De même dans une suite de mots : "os de poulet", "il reste là").
Cet emploi du "e" anaptyxe (pardon) destiné à faciliter la prononciation, appelé : l’épenthèse, ou, plus précisément ici : la svarabhakti (pardon), se rencontre aussi dans certaines prononciations fautives : "arc-bouter" prononcé *"arc-e-bouter" (sinon : [Rkb]*), *"Ouest-e-France" (sinon : [stf]*), *"disc-e-jockey" (sinon : [skj]*), un train *"direct-e-Lyon" (sinon : [ktl]*), *mon ex-e-femme (sinon [ksf]*), voire : *peneu (au lieu de pneu*).
Bref, il semble qu'on tend à se passer du "e" muet quand il n'est pas nécessaire pour prononcer les consonnes environnantes !

LMMRM 30/04/2016 17:21

A signaler aussi le mot récent « ingénierie » prononcé [ingéniérie], entre autres par Bernard Cerquiglini* lui-même lors d'une interview.

* Dit le repentant du circonflexe. Voir son « Je pense que nous avons eu tort » à
http://www.ledevoir.com/non-classe/462685/france-une-reforme-a-contretemps